Derrière la bataille pour la nationalité des directeurs généraux se trouve un actif beaucoup plus stratégique : l’épargne collectée par les banques. Des données sectorielles évaluent en effet, à près de 2 800 milliards de fcfa les dépôts gérés par le secteur et attribuent plus de 70 % du marché aux groupes à capitaux étrangers. Ces chiffres doivent toutefois être considérés comme des estimations de presse tant qu’ils ne sont pas rapprochés d’une situation bancaire récente publiée directement par la COBAC (Commission Bancaire de l’Afrique Centrale) ou la BEAC (Banque des États de l’Afrique Centrale).
C’est dans ce paysage que le gouvernement veut imposer des dirigeants gabonais. Dès septembre 2025, l’exécutif avait annoncé son intention de réserver la fonction de DG des banques, établissements financiers et institutions de microfinance aux nationaux, sauf dérogation du CNEF (Comité National Économique et Financier). En octobre, cette orientation a été transformée en projet de loi, avec un objectif officiellement lié au financement de l’économie en monnaie locale.
Pour autant, nommer un Gabonais à la tête d’une banque ne donne pas à l’État le contrôle de ses dépôts. Ceux-ci demeurent les ressources des clients inscrites au passif des établissements, tandis que leur transformation en crédits ou placements relève de la gestion bancaire, des exigences prudentielles et des décisions des organes compétents. Le titre doit donc être compris comme une interrogation sur l’influence que Libreville espère exercer sur l’orientation du financement, et non comme une prise de contrôle publique de l’épargne.
L’enjeu est néanmoins considérable. Dans une économie où l’État veut accélérer les investissements, développer les PME et financer davantage la transformation locale, la manière dont les banques recyclent les dépôts en crédits devient une question de politique économique. Le gouvernement avait d’ailleurs déjà fait de « l’activation du secteur bancaire et financier national dans le financement de l’économie » l’un de ses axes de politique économique en mars 2025. La gabonisation des dirigeants apparaît ainsi comme une pièce supplémentaire d’une stratégie visant à rapprocher le système financier des priorités nationales.
Reste à savoir si le contrôle du poste de DG suffira pour peser sur plusieurs milliers de milliards de fcfa d’épargne. Le véritable pouvoir restera largement déterminé par la propriété du capital, les conseils d’administration, les politiques de risques et les règles prudentielles de la CEMAC. Le Gabon peut donc gaboniser les dirigeants de son système bancaire ; il ne peut pas, par cette seule mesure, décider de la destination des dépôts. Toute l’ambiguïté de la réforme tient dans cette différence entre contrôler l’identité de celui qui dirige et contrôler réellement l’allocation du capital.














