Il y a cinq ans, le Gabon comptait 1 086,7 milliards de fcfa de valeurs du Trésor en circulation sur le marché régional. Aujourd’hui, le chiffre est de 3 424,1 milliards. La progression dépasse 2 337 milliards et place désormais Libreville devant tous ses voisins. En l’espace d’une demi-décennie, le marché régional est passé du statut de source complémentaire de financement à celui de pilier du financement public gabonais. Les volumes sont désormais suffisamment importants pour que les décisions du Trésor gabonais influencent à elles seules l’évolution de l’ensemble du marché CEMAC.
La croissance n’a pas été régulière. L’encours atteint 1 310,2 milliards en juillet 2022, 1 451,7 milliards en 2023, 1 646,1 milliards en 2024, puis bondit à 2 624,5 milliards en 2025 avant de franchir 3 400 milliards cette année. Ce sont donc les deux dernières années qui ont véritablement changé l’échelle du phénomène. Entre juillet 2024 et juillet 2026, l’encours a plus que doublé. Cette accélération suggère que le marché régional a été mobilisé beaucoup plus intensément que durant la première partie de la période.
Ce marché a profondément modifié les possibilités de financement de l’État. Les investisseurs camerounais détiennent aujourd’hui 1 171,8 milliards de titres gabonais, les investisseurs tchadiens 288,4 milliards et les Congolais 277,2 milliards. Le Gabon ne dépend donc plus uniquement de l’épargne disponible à Libreville. Cette capacité à mobiliser des capitaux au-delà des frontières nationales est l’une des grandes réussites du marché CEMAC. Elle permet au Trésor d’accéder à une base d’investisseurs plus large, mais accroît également son exposition au sentiment régional envers sa signature.
Mais la montée des taux modifie l’équation. Le coût moyen des OTA est passé de 7,35 % à 10,13 % en un an, tandis que leur taux de souscription tombe à 61,27 %. L’instrument qui a permis au Gabon d’accroître rapidement ses financements devient ainsi plus coûteux. Le marché reste disponible, mais il ne fournit plus les mêmes conditions qu’un an auparavant. Cette évolution rappelle que l’accès à la dette n’est jamais garanti au même prix : plus un État devient présent sur le marché, plus il doit surveiller la réaction des investisseurs à l’augmentation de leur exposition.
En cinq ans, Libreville a démontré qu’il pouvait mobiliser massivement le marché régional. Les cinq prochaines années poseront une question différente : comment gérer et refinancer un stock trois fois supérieur lorsque les investisseurs demandent désormais une rémunération à deux chiffres sur les obligations ? Le Gabon n’est pas encore confronté à un problème d’accès généralisé, mais les signaux de prix deviennent plus exigeants. La réussite de la prochaine phase dépendra désormais de la capacité à stabiliser les besoins et à faire baisser progressivement le coût du financement.














