En 2018, le marché régional des titres publics d’Afrique centrale pesait à peine plus de 1 000 milliards de fcfa. Huit ans plus tard, le compteur affiche 10 560,8 milliards. Sans grand événement unique ni émission spectaculaire capable de symboliser le basculement, une montagne de titres souverains s’est progressivement constituée. Mois après mois, les Trésors ont émis des bons et des obligations, les banques les ont achetés et le stock a grossi. La transformation est d’autant plus impressionnante qu’elle s’est produite au sein d’un marché qui était encore embryonnaire il y a moins d’une décennie. Aujourd’hui, les titres souverains émis sur le marché régional font partie du paysage financier ordinaire de la CEMAC.
Le mouvement s’est accéléré récemment. L’encours était de 6 931,4 milliards en juillet 2024, puis 9 086,6 milliards en juillet 2025. En juillet 2026, il dépasse 10 560 milliards. Plus de 3 600 milliards de fcfa ont donc été ajoutés en seulement deux ans. Cette vitesse est presque aussi importante que le niveau atteint. Elle montre que les gouvernements ont de plus en plus recours au marché régional pour couvrir leurs besoins de financement. Le marché n’est plus une expérimentation financière : il est devenu l’une des principales infrastructures de financement public de l’Afrique centrale.
Derrière le chiffre régional se cachent trois géants : Gabon, 3 424,1 milliards ; Congo, 3 040,8 milliards ; Cameroun, 2 061,3 milliards. Ensemble, ils concentrent plus de 80 % des titres publics en circulation. Les trois autres pays restent beaucoup plus petits : 1 184,2 milliards pour le Tchad, 462,3 milliards pour la Centrafrique et 387,9 milliards pour la Guinée équatoriale. Le marché régional est donc aussi l’histoire de trois grands emprunteurs qui en déterminent la dynamique. Les changements de stratégie de Libreville, Brazzaville ou Yaoundé suffisent à faire bouger les agrégats de toute la zone.
La maturité résiduelle de l’encours s’est également allongée. En 2018, le marché était essentiellement constitué d’instruments courts. Désormais, 23,9 % de l’encours possède une maturité résiduelle supérieure à trois ans, dont 4,9 % au-delà de sept ans. Les titres compris entre un et deux ans représentent à eux seuls 24,6 %. Ce changement réduit la fréquence à laquelle certains emprunts doivent être refinancés, mais il inscrit aussi les engagements publics beaucoup plus longtemps dans les bilans financiers. L’encours régional n’est donc plus simplement plus important : sa structure de maturité s’est profondément transformée.
L’Afrique centrale a ainsi créé en moins d’une décennie un marché régional de financement souverain de grande ampleur. Son prochain test ne sera plus sa capacité à croître. Ce sera sa capacité à gérer les échéances d’une montagne de titres dix fois plus importante qu’à ses débuts. Car chaque titre vendu aujourd’hui crée une échéance future, et les nouveaux besoins d’emprunt devront progressivement cohabiter avec les remboursements des émissions anciennes. Le succès du marché se mesurera désormais non à la vitesse de son expansion, mais à sa capacité à traverser ce cycle sans crises de refinancement.














