Gabon : pourquoi des femmes meurent-elles encore en donnant la vie malgré 95 % d’accouchements assistés ?

La succession de décès de femmes en couches signalés ces derniers mois au Gabon remet au premier plan une question que les statistiques sanitaires posaient déjà depuis plusieurs années : pourquoi la maternité demeure-t-elle aussi risquée alors que l’immense majorité des accouchements sont médicalement assistés ? Selon la troisième Enquête démographique et de santé du Gabon (EDSG III, 2019-2021), 95 % des naissances ont été assistées par un prestataire de santé qualifié. Pourtant, la même enquête estime le ratio de mortalité maternelle à 399 décès pour 100 000 naissances vivantes. Le contraste est suffisamment important pour déplacer le débat de la seule présence des femmes dans les structures sanitaires vers la qualité et l’efficacité de leur prise en charge.

Le niveau de 399 décès pour 100 000 naissances vivantes doit toutefois être manié avec précaution. L’EDSG III l’établit à partir des décès de femmes de 15 à 49 ans survenus au cours des sept années précédant l’enquête et fournit un intervalle de confiance allant de 232 à 567. L’enquête précédente de 2012 avait estimé ce ratio à 316 pour 100 000. Ces données indiquent que la mortalité maternelle demeure un problème majeur, mais elles ne permettent pas, à elles seules, d’affirmer statistiquement qu’elle augmente aujourd’hui. Pour mesurer l’éventuelle recrudescence observée en 2026, il faudrait désormais disposer des décès enregistrés dans les maternités gabonaises en 2024, 2025 et depuis janvier 2026.

Le paradoxe gabonais est d’autant plus frappant que l’accès aux soins autour de la grossesse est relativement élevé. Près de 97 % des femmes bénéficient de soins prénatals dispensés par du personnel qualifié, tandis que l’accouchement assisté est devenu largement majoritaire. L’UNFPA a lui-même souligné en 2026 ce décalage entre la couverture des services et la persistance de la mortalité maternelle, appelant à agir davantage sur la qualité, l’équité et l’efficacité des soins. Autrement dit, être admise dans une maternité ne garantit pas nécessairement que l’urgence obstétricale sera diagnostiquée et traitée assez rapidement.

Car lorsqu’une complication survient, les minutes comptent. L’Organisation mondiale de la santé identifie notamment parmi les principales causes de décès maternels les hémorragies sévères, les infections, l’hypertension artérielle pendant la grossesse et les complications liées à l’accouchement. Une hémorragie importante après la naissance peut notamment tuer une femme en quelques heures en l’absence de prise en charge adaptée. La disponibilité immédiate du sang, des médicaments, d’une équipe capable de pratiquer une césarienne, d’un anesthésiste et d’une réanimation fonctionnelle devient alors aussi importante que le simple fait d’avoir accouché dans une structure sanitaire.

Les décès rapportés récemment posent donc une question qui dépasse chaque drame individuel : que se passe-t-il concrètement entre l’arrivée d’une femme à la maternité et sa prise en charge lorsqu’une complication grave survient ? Pour y répondre, la publication régulière des décès maternels, de leurs causes et des établissements où ils surviennent permettrait de distinguer les accidents médicaux difficilement évitables des dysfonctionnements récurrents. Dans un pays où environ 95 % des accouchements bénéficient déjà d’une assistance qualifiée, le prochain front contre la mortalité maternelle est désormais celui de la qualité et de la rapidité des soins.

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