Depuis mars 2024, la Direction générale de la comptabilité publique et du Trésor (DGCPT) affiche l’achèvement de l’opérationnalisation du Compte unique du Trésor (CUT) comme une priorité de son plan stratégique 2024-2026, avec une échéance fixée à décembre 2024. Cette action, confiée à l’Agence comptable centrale du Trésor (ACCT) avec l’appui de l’Agence bancaire du Trésor (ABT), visait à unifier l’ensemble des comptes bancaires des administrations publiques sous une gestion centralisée par le Trésor, conformément au principe d’unité de trésorerie inscrit dans la loi organique relative aux lois de finances.
Plus d’un an après cette échéance, le sujet reste ouvert. Un rapport d’assistance technique du FMI publié en 2026, à l’issue d’une mission menée à Libreville en mai 2025, évoque l’avancement vers l’opérationnalisation complète du compte unique du Trésor comme l’une des réformes initiales engagées par les autorités, (Tresorpublic) aux côtés de l’intégration des dépenses extrabudgétaires dans les comptes officiels. La formulation même, un an après l’échéance interne de la DGCPT, suggère que le chantier demeure en cours plutôt qu’achevé.
Cette lenteur prend un relief particulier à la lumière de l’audit de la dette publique lancé fin avril 2026 par le ministre Thierry Minko, avec l’appui du FMI et dans le cadre d’un nouveau financement de la Banque mondiale. Parmi les motifs invoqués par le ministère pour justifier cet audit portant sur la période 2016-2023 figure explicitement le défaut de transfert de certains fonds vers les comptes du Trésor public. (Zonebourse) Autrement dit, l’absence d’un CUT pleinement opérationnel n’est pas qu’une question technique : elle a directement contribué à l’opacité que l’État cherche aujourd’hui à corriger rétroactivement.
Le constat est renforcé par un second audit, lancé en septembre 2025, portant sur les ordonnances de paiement en instance au Trésor public pour les exercices 2022 à 2025. Le ministre d’État d’alors, Henri Claude Oyima, y avait exigé des opérateurs économiques la présentation de justificatifs pour valider leurs créances, sous peine d’annulation pure et simple. Un tel exercice, mobilisant une task force dédiée, traduit la difficulté de l’administration à disposer d’une vision fiable et immédiate de ses engagements financiers, exactement ce que le CUT est censé permettre en temps réel.
Sur le fond, la centralisation de la trésorerie de l’État gabonais bute sur plusieurs obstacles structurels documentés par le plan stratégique lui-même : un système d’information encore en cours de consolidation, un parc d’équipements SYSTAC dont le renforcement était budgété pour mars 2024, et une automatisation du reporting budgétaire dont l’échéance était fixée à décembre 2024. Tant que ces briques techniques ne sont pas toutes en place, le Trésor gabonais continue de gérer sa trésorerie avec un temps de retard sur ses propres engagements, une situation qui fragilise sa capacité à anticiper les tensions de liquidité, comme celles évoquées à l’Assemblée nationale fin juin 2026 par le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, qui a chiffré à près de 100 milliards de fcfa le coût des seules tensions de trésorerie de l’exercice en cours.














