La Cour des comptes du Gabon veut ouvrir une nouvelle séquence de son histoire. En dévoilant quatre ouvrages stratégiques destinés à renforcer son fonctionnement ce jeudi 16 juillet 2026, l’institution financière affiche une ambition claire : améliorer le contrôle des finances publiques et restaurer la confiance dans la gestion des deniers de l’État. Au-delà de l’exercice institutionnel, l’enjeu est avant tout économique, car la qualité de la gouvernance demeure un facteur déterminant pour attirer les investissements et optimiser les dépenses publiques.
Le contexte rappelle toutefois l’ampleur du défi. Selon le Premier président Alex Euv Moutsiangou, le Gabon occupe le 32ᵉ rang sur 54 pays dans l’Indice africain de gouvernance, avec un score de 46,6/100. Ce niveau traduit des insuffisances persistantes en matière de lutte contre la corruption, de contrôle interne et de redevabilité, autant d’éléments qui pèsent sur l’efficacité de l’action publique.

« La Ve République a fait de la transparence et de la redevabilité des exigences fondamentales de la gouvernance publique. Pour la Cour des comptes, cela implique non seulement de mieux contrôler, mais également de mieux expliquer, de mieux partager et de mieux transmettre le fruit de ses travaux. C’est cette conviction qui a guidé l’élaboration des quatre ouvrages que nous présentons aujourd’hui », a précisé le haut magistrat.
Quatre outils pour changer de méthode
Le dispositif présenté repose sur quatre piliers. Premier totem de cette offensive documentaire : un Code éthique et déontologique des juridictions de l’ordre financier, censé graver dans le marbre l’intégrité, l’indépendance et l’impartialité attendues de chaque magistrat. Vient ensuite un recueil commenté des décisions et avis des juridictions financières, destiné à rendre la jurisprudence de la Cour plus lisible. S’y ajoutent un plan stratégique 2026-2030, feuille de route censée « moderniser les méthodes de travail » et « accélérer la transformation numérique » de l’institution, ainsi qu’un plan de formation appelé à consolider l’ensemble. Ensemble, ces instruments doivent professionnaliser les contrôles, harmoniser les pratiques et accélérer la transformation numérique de la juridiction financière.

À court terme, ces réformes peuvent améliorer la qualité des audits et renforcer la sécurité juridique des décisions. À moyen terme, elles pourraient favoriser une meilleure utilisation des ressources publiques et accroître la confiance des partenaires techniques et financiers. À long terme, une Cour des comptes plus performante contribuerait à une gouvernance plus efficace, susceptible d’améliorer le climat des affaires et l’attractivité économique du pays.
Le défi de l’application
L’expérience invite néanmoins à la prudence. Les rapports annuels de la Cour ont régulièrement mis en lumière des irrégularités de gestion sans provoquer de changements structurels ni de sanctions systématiques. Le risque est donc que ces nouveaux référentiels demeurent des documents de référence sans véritable traduction opérationnelle.

À l’échelle régionale, plusieurs pays de la CEMAC cherchent à renforcer leurs institutions de contrôle afin de répondre aux exigences des bailleurs internationaux. Dans un environnement où la transparence constitue un critère majeur d’accès aux financements, le Gabon dispose d’une opportunité de renforcer sa crédibilité. Mais cette ambition ne sera crédible que si les recommandations débouchent sur des corrections effectives, des poursuites lorsque nécessaire et une meilleure reddition des comptes.
La véritable valeur de ces quatre ouvrages ne sera donc pas mesurée à leur qualité rédactionnelle, mais à leur capacité à transformer durablement les pratiques. Pour la Cour des comptes comme pour l’économie gabonaise, le véritable indicateur de performance sera désormais celui des résultats.














