L’encours de la dette publique du Gabon a grimpé de 1 647,045 milliards de fcfa entre fin décembre 2024 et fin décembre 2025, une hausse de 23,090% révélée par le dernier bulletin statistique de la Direction générale de la Dette (DGD). Loin d’un simple effet de nouveaux emprunts contractés sur l’exercice, cette progression trouve en grande partie sa source dans un mouvement comptable : la validation de 758,681 milliards de fcfa de dettes moratoires par une Task-Force dédiée, pour prise en charge officielle par la DGD.
Cette mécanique pose une première question de fond : que recouvrent exactement ces « dettes moratoires » ? La DGD ne précise ni le périmètre des créanciers concernés, ni l’origine des engagements, ni la période durant laquelle ils se sont accumulés avant d’être validés. S’agit-il d’arriérés de paiement envers des fournisseurs de l’État, des entreprises publiques, des prestataires de la commande publique ou des particuliers ? L’absence de détail public sur la composition de ce stock interroge, d’autant que son ampleur, près de 46% de la hausse totale de l’encours sur un an, en fait un facteur déterminant de la trajectoire d’endettement du pays.
Le calendrier de cette validation mérite aussi d’être interrogé. Elle intervient alors que le Gabon négocie avec le Fonds Monétaire International un programme conditionné à un audit de la dette attendu à la mi-juillet. Faire basculer des engagements jusqu’ici hors bilan officiel dans l’encours reconnu, à quelques semaines d’un audit international, peut relever d’un exercice de mise en conformité légitime, ou d’un ajustement dont la temporalité mérite d’être clarifiée par les autorités actuelles.
Ce manque de traçabilité s’inscrit dans un contexte où la gestion de la commande publique gabonaise reste marquée par des pratiques peu transparentes, notamment le recours massif à l’entente directe dans l’attribution des marchés publics. Une dette moratoire mal documentée peut aussi bien refléter des arriérés légitimes accumulés par des années de tension de trésorerie qu’un terrain propice à des validations contestables, sans qu’aucune de ces deux hypothèses ne puisse être tranchée en l’état actuel de la communication publique.
Selon des observateurs, pour lever cette zone d’ombre, la DGD et la Task-Force gagneraient à publier le détail des créanciers, des montants individuels et des justificatifs ayant permis la validation de ces 758,681 milliards de fcfa. Sans cette transparence, une part significative de la dérive de la dette publique gabonaise en 2025 restera difficile à distinguer entre rattrapage comptable nécessaire et zone grise budgétaire.














