Gabon : comment l’État peut-il prôner la traçabilité des paiements tout en encaissant des dizaines de millions en espèces ?

Depuis plusieurs années, le Gabon affiche une ambition précise : moderniser son administration financière. Digitalisation des impôts, dématérialisation des procédures douanières, promotion des paiements électroniques, lutte contre les flux financiers informels… Les réformes se succèdent avec un objectif affiché : renforcer la transparence et améliorer la collecte des recettes publiques. Pourtant, à Owendo, lors des enchères organisées par les Douanes, le paiement en espèces demeure la règle, y compris pour des montants qui peuvent dépasser 20 voire 25 millions de fcfa. Une contradiction qui mérite d’être interrogée.

Les administrations financières gabonaises n’ont cessé, ces dernières années, de promouvoir la modernisation de leurs outils. La Direction générale des Impôts encourage le télépaiement de plusieurs obligations fiscales. Les Douanes ont engagé la numérisation progressive de leurs procédures de dédouanement. Le Trésor public poursuit également la dématérialisation de certaines opérations afin de limiter la manipulation d’espèces et de renforcer la traçabilité des recettes. Cette orientation s’inscrit d’ailleurs dans une dynamique portée au sein de la CEMAC par la BEAC, où les États sont invités à améliorer la transparence des flux financiers et à réduire les risques liés aux paiements en numéraire.

Dans ce contexte, l’organisation des enchères publiques suscite une interrogation simple. Pourquoi une opération menée par une administration financière repose-t-elle encore principalement sur des paiements immédiats en espèces ? Pour certains véhicules proposés à plus de 23 millions de fcfa, l’acquéreur doit mobiliser près de 26 millions de fcfa après ajout des frais annoncés. Les documents publics consultés ne précisent pas si des virements bancaires, des chèques certifiés ou d’autres moyens de paiement sécurisés peuvent être utilisés. Ils ne détaillent pas davantage les raisons qui justifieraient le maintien exclusif ou prioritaire du paiement en liquide.

L’enjeu dépasse la seule organisation matérielle des enchères. Il touche à la cohérence de l’action publique. Les petits commerçants, les artisans et les entreprises sont régulièrement encouragés, voire contraints, à renforcer la traçabilité de leurs opérations financières. Les établissements bancaires, eux aussi, appliquent des règles de vigilance renforcée sur les mouvements importants de liquidités. Dès lors, certains opérateurs économiques peuvent légitimement s’interroger sur le fait qu’une administration de l’État continue à organiser une vente où des montants particulièrement élevés circulent en espèces. La question n’est pas de mettre en cause la légalité de la procédure, mais de comprendre pourquoi les principes promus dans d’autres domaines ne semblent pas appliqués ici avec la même visibilité.

Les Douanes disposent d’une occasion de lever ces interrogations. Pourquoi le paiement bancaire n’est-il pas mis en avant lors de cette opération ? Quels éléments techniques ou réglementaires expliquent le recours au numéraire ? Les autorités envisagent-elles d’introduire, lors des prochaines ventes, des solutions de paiement électronique permettant d’assurer une meilleure traçabilité des fonds et une sécurité accrue pour les acquéreurs ? Dans un contexte où la modernisation de l’État est régulièrement présentée comme une priorité, ces réponses permettraient de mesurer si les enchères publiques s’inscrivent pleinement dans cette dynamique ou si elles constituent encore une exception.

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