Chaque mois, les émissions du Trésor gabonais ressemblent à des opérations financières ordinaires. Additionnées sur une année, elles racontent une histoire beaucoup plus imposante : l’encours des valeurs du Trésor est passé de 2 624,5 milliards de fcfa en juillet 2025 à 3 424,1 milliards en juillet 2026. Près de 800 milliards supplémentaires se sont ainsi ajoutés à l’encours net en douze mois. La progression est suffisamment forte pour avoir fait du Gabon le premier émetteur du marché régional. Derrière les adjudications techniques se dessine donc une transformation profonde de la manière dont l’État finance ses besoins. Le marché CEMAC est devenu l’un des piliers de sa stratégie financière.
Le mouvement s’est encore accéléré en juillet : +6,01 % en un mois. Avec environ 32,4 % de l’encours régional, le Gabon dépasse désormais le Congo et devient le premier émetteur du marché des valeurs du Trésor de la CEMAC. À lui seul, il représente plus de la moitié de l’augmentation de l’encours régional observée entre juin et juillet. Cette concentration rappelle que les décisions de financement du Trésor prises à Libreville ont désormais des effets directs sur l’équilibre du marché régional. Lorsque le Gabon cherche davantage de ressources, les intermédiaires financiers de toute la sous-région sont sollicités.
Derrière cette progression se trouve une mécanique de financement devenue profondément régionale. Seulement 1 495,2 milliards de fcfa de titres gabonais sont détenus par des investisseurs situés au Gabon. Les investisseurs camerounais en possèdent 1 171,8 milliards, les Tchadiens 288,4 milliards et les Congolais 277,2 milliards. Le financement de l’État gabonais ne repose donc plus seulement sur les capacités d’épargne de son propre système financier. Il dépend aussi fortement de capitaux provenant de ses voisins, ce qui constitue à la fois une réussite de l’intégration régionale et une nouvelle forme d’interdépendance.
Cette dépendance croissante au marché survient au moment où le coût des obligations atteint 10,13 %. Le Gabon peut donc continuer à trouver des financements, mais chaque augmentation durable des taux renchérit les futures émissions et refinancements. Le taux de souscription des OTA, tombé à 61,27 %, montre par ailleurs que les montants souscrits lors des opérations de juillet sont restés en deçà des montants proposés. Plus les volumes augmentent, plus il faut convaincre les investisseurs de rester exposés à la signature gabonaise. Le bulletin établit simultanément la hausse du coût et la baisse du taux de souscription, sans démontrer que l’une cause directement l’autre.
Les chiffres de la BEAC ne disent pas à quoi chaque franc emprunté a été affecté et ne permettent donc pas d’attribuer cet endettement à tel ou tel chantier. Ils établissent cependant une réalité : la stratégie de financement gabonaise repose aujourd’hui beaucoup plus fortement qu’il y a quelques années sur la capacité du marché régional à continuer de lui prêter. Cette dépendance n’est pas nécessairement problématique tant que la confiance demeure et que les coûts restent maîtrisés. Mais lorsque les taux dépassent 10 % et que l’encours augmente de près de 800 milliards en un an, elle devient une question économique et politique de premier plan.














