Dans son plan stratégique 2026-2030, présenté le jeudi 15 juillet dernier, la Cour des Comptes du Gabon a inscrit un projet de 930 millions de de fcfa entièrement dédié au développement des compétences professionnelles de son personnel. Un montant qui, rapporté aux 22,728 milliards de fcfa de l’ensemble du plan, reste modeste, mais qui traduit une intention affichée de professionnaliser durablement le contrôle des finances publiques.
Le détail des deux principales activités programmées mérite d’être souligné. La certification des auditeurs absorbe à elle seule 750 millions de fcfa, tandis que la mise en œuvre du plan de formation représente 150 millions de fcfa supplémentaires, avec une échéance fixée à 2030 pour les deux volets. L’institution vise ainsi à doter ses magistrats et vérificateurs d’une reconnaissance professionnelle alignée sur les standards internationaux, dans un secteur où la crédibilité des rapports d’audit dépend directement de la qualification de ceux qui les produisent.
Ce chantier prend tout son sens à la lumière de l’auto-évaluation menée par la Cour elle-même, qui pointe une « insuffisance de la vulgarisation des normes ISSAI » et une « faible cohérence » dans ses systèmes de gestion des dossiers. En consacrant un budget spécifique à la montée en compétences sur des domaines aussi sensibles que la corruption, les flux financiers illicites, les industries extractives ou le suivi des Objectifs de Développement Durable, l’institution semble vouloir se donner les moyens humains d’exercer un contrôle plus pointu, au-delà des seuls textes réglementaires déjà en vigueur.
L’enjeu dépasse le seul renforcement technique. Une Cour des comptes mieux formée est aussi, potentiellement, une Cour des comptes plus incisive face aux irrégularités qu’elle est amenée à détecter dans la gestion des deniers publics, qu’il s’agisse des marchés publics, des entreprises publiques ou des flux financiers extractifs, autant de dossiers suivis de près par l’opinion gabonaise ces derniers mois.
La seule énigme est de savoir si ce budget de formation sera effectivement décaissé et dans quels délais, l’institution ayant elle-même reconnu que son précédent plan stratégique 2020-2024 avait connu une mise en œuvre très limitée faute de financement. La certification effective des auditeurs d’ici 2030 constituera, à ce titre, un indicateur concret à suivre pour mesurer la portée réelle de cette ambition.














