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Gabon : États généraux de l’éducation 2010, quand le diagnostic était chiffré, documenté… puis abandonné

le coup de coeur

En mai 2010, le Gabon organise les États généraux de l’éducation, présentés à l’époque comme l’acte fondateur d’une refondation du système scolaire. Pendant plusieurs jours, enseignants, syndicats, cadres administratifs, experts nationaux et partenaires techniques dressent un diagnostic sans complaisance. Les chiffres mis sur la table sont lourds : classes surchargées, taux d’encadrement dégradé, infrastructures vieillissantes, désorganisation administrative et précarité massive du personnel enseignant. Le rapport final reconnaît explicitement que l’école gabonaise est entrée dans une crise structurelle profonde.

En 2010, l’éducation absorbe10 à 12% du budget

Budgétairement, les constats sont tout aussi précis. À la fin des années 2000, l’éducation absorbe en moyenne entre 10 % et 12 % du budget de l’État, loin des standards internationaux recommandés (15 à 20 %). L’essentiel de ces crédits est consacré aux dépenses de personnel, laissant peu de marges pour l’investissement : construction d’écoles, formation continue, équipements pédagogiques. Les États généraux actent alors un principe clair : sans sanctuarisation budgétaire et sans réforme de la gestion des ressources humaines, aucune amélioration durable n’est possible.

Entre 2010 et 2020, la part du budget consacrée à l’éducation reste globalement stable, oscillant autour de 11 %, sans rupture significative. © D.R.

Les conclusions débouchent sur un pacte décennal pour l’éducation (2010-2020). Sur le papier, les objectifs sont ambitieux et chiffrés : amélioration du ratio élèves/enseignant, recrutement massif dans le primaire, professionnalisation de la formation initiale, réduction du nombre de vacataires, clarification des statuts et régularisation progressive des situations administratives. Il est également prévu une meilleure traçabilité des dépenses éducatives et un pilotage par la performance, adossé à la nouvelle budgétisation par objectifs de programme (BOP).

L’écart entre le diagnostic et l’exécution se creuse

Mais très vite, l’écart entre le diagnostic et l’exécution se creuse. Entre 2010 et 2020, la part du budget consacrée à l’éducation reste globalement stable, oscillant autour de 11 %, sans rupture significative. Les recrutements promis sont partiels, souvent compensés par le recours accru aux contractuels et vacataires. Les régularisations administratives avancent lentement, au gré des arbitrages budgétaires annuels. En clair, le pacte décennal devient un document de référence sans force contraignante, régulièrement cité, rarement appliqué.

Pire encore, les États généraux produisent un effet paradoxal : ils légitiment l’inaction. Le diagnostic étant officiellement posé, l’État peut désormais affirmer “savoir” ce qui ne va pas, tout en renvoyant les réformes à plus tard. Chaque nouveau mouvement de grève se heurte alors à la même réponse : commissions techniques, audits supplémentaires, promesses de réformes à venir. Pendant ce temps, la précarité s’installe comme mode de gestion ordinaire de l’Éducation nationale.

Quid des engagements de 2010

Quinze ans plus tard, les enseignants qui paralysent aujourd’hui le système scolaire ne réclament rien d’autre que l’exécution des engagements de 2010. Les chiffres qu’ils brandissent, carrières bloquées depuis plus de dix ans, dossiers administratifs non traités, retraites compromises, sont la traduction humaine d’un pacte décennal resté lettre morte. Les États généraux de 2010 n’ont pas échoué par manque de lucidité, mais par absence de volonté politique et budgétaire. En ce sens, la crise actuelle n’est pas une surprise : elle est le prolongement logique d’un diagnostic enterré sous quinze années d’arbitrages à courte vue.

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