Le paysage financier gabonais a connu une mutation majeure en 2024 avec la création de la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG). Cette institution publique est la réponse à une défaillance de marché historique : le refus systématique ou la frilosité des banques commerciales à financer le tissu des petites et moyennes entreprises locales.
Actuellement, le secteur bancaire gabonais est l’un des plus concentrés de la zone CEMAC. Trois établissements majeurs contrôlent 84,9 % des crédits et 71 % des dépôts. Cette structure oligopolistique favorise les grandes entreprises extractives au détriment des entrepreneurs locaux, laissant le Gabon avec un indice de développement financier de seulement 0,12, bien loin des standards des pays émergents.
La BCEG a donc pour mission de briser ce « plafond de verre » en proposant des produits financiers adaptés aux spécificités des PME gabonaises. En travaillant de concert avec la Société de Garantie du Gabon (SGG), elle vise à porter le ratio de crédit au secteur privé bien au-delà de sa moyenne actuelle de 13,3 % du PIB. En Namibie, ce taux atteint 67,3 %, ce qui montre la marge de progression colossale du Gabon.
L’enjeu est aussi de capter l’épargne nationale. Le pays affiche un taux d’épargne interne brut supérieur à 50 % du PIB, mais une grande partie reste « informelle » ou thésaurisée. La BCEG doit servir de pont pour transformer cette épargne dormante en capital productif. C’est un levier essentiel pour réduire le chômage des jeunes, qui reste une préoccupation centrale du rapport.
Le succès de la BCEG dépendra désormais de sa gouvernance et de sa capacité à évaluer les risques de manière rigoureuse sans être purement bureaucratique. Si elle réussit, elle pourrait devenir le moteur de la diversification économique attendue, permettant au Gabon de passer d’une économie de rente à une économie d’entrepreneuriat et de transformation locale.














