C’est un calendrier qui ne manquera pas de faire grincer des dents dans le Grand Libreville. Par voie de communiqué, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) a annoncé le lancement d’une vaste offensive de recouvrement qui s’étalera du lundi 9 au mardi 31 mars 2026. L’objectif est de régulariser les factures en souffrance sous peine de suspension immédiate de fourniture, voire de résiliation de contrat.
Pourtant, cette démonstration de rigueur administrative peine à masquer un paradoxe criant qui alimente la colère dans les quartiers populaires. Si la SEEG se montre d’une ponctualité exemplaire lorsqu’il s’agit de réclamer son dû, la réciprocité du service rendu semble, elle, appartenir au domaine de l’incertain. Dans de nombreux secteurs de la capitale, la « traque des mauvais payeurs » sonne comme une provocation pour des milliers de foyers qui, bien qu’abonnés, vivent dans l’obscurité intermittente et l’attente désespérée d’une goutte d’eau au robinet.
Le contraste est particulièrement saisissant dans les zones périphériques où le réseau, bien qu’existant sur le papier, est devenu fantomatique. Depuis des années, des familles entières se sont habituées à l’absence de pression d’eau, obligeant les femmes et les enfants à des corvées nocturnes épuisantes autour de puits de fortune. Pour ces usagers, l’idée même de payer une facture pour un service qu’ils doivent littéralement « chasser » au quotidien relève d’une injustice sociale profonde que les facilités de paiement par Mobilfacture ne sauraient apaiser.
À cette pénurie d’eau s’ajoute l’instabilité chronique du réseau électrique, dont les délestages intempestifs continuent de rythmer la vie économique et domestique. Les pannes d’appareils électroménagers, causées par des retours de tension brutaux, ne font jamais l’objet de dédommagements, créant un déséquilibre flagrant dans la relation contractuelle. L’opérateur exige une discipline budgétaire absolue de la part du client, tout en s’octroyant une marge de manœuvre technique qui laisse le citoyen démuni face à l’imprévisibilité du courant.
Finalement, cette campagne de recouvrement cristallise le fossé qui se creuse entre les impératifs de gestion d’une entreprise stratégique et le droit fondamental à l’accès aux ressources de base. Si la survie financière de la SEEG est un enjeu de souveraineté, elle ne pourra faire l’économie d’une réflexion sur la qualité de sa prestation. Car exiger le paiement intégral dans des quartiers où l’eau ne coule plus depuis des lustres, c’est prendre le risque de rompre définitivement le contrat de confiance qui lie encore l’institution à la population gabonaise.














