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Gabon: quand les difficultés opérationnelles de la SEEG paralysent la collecte des recettes fiscales 

L’image est aussi saisissante que symptomatique des maux qui minent l’économie gabonaise. Le Centre des Impôts des Moyennes Entreprises (CIME) d’Owendo, l’un des poumons de la Direction Générale des Impôts (DGI) dans la province de l’Estuaire, a une nouvelle fois dû suspendre ses activités ce vendredi 12 juin 2026. Le motif ? Une coupure d’électricité prolongée. Cette paralysie, provoquée par les difficultés de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) à garantir la continuité de son service, met en lumière un paradoxe de gouvernance : l’incapacité d’un opérateur public à fournir l’énergie nécessaire à l’administration chargée de renflouer les caisses de l’État.

À l’heure où le gouvernement cherche par tous les moyens à maximiser la mobilisation des recettes domestiques pour redresser des finances publiques sous forte pression, la mise à l’arrêt des systèmes du CIME d’Owendo représente un véritable contrecoup budgétaire. Et pour cause, ce centre stratégique a généré à lui seul en 2025 un peu moins de 100 milliards de fcfa. Pour mesurer l’importance de cette somme, il faut la mettre en perspective avec les réalisations globales de la DGI, qui a capté environ 1 000 milliards de fcfa de recettes fiscales totales sur l’ensemble de l’exercice 2025.

À lui seul, le CIME d’Owendo pèse donc pour près de 10 % des recettes fiscales nationales collectées par la DGI. C’est ce colosse budgétaire que la SEEG vient de plonger dans l’obscurité numérique. Sans courant, les serveurs sont coupés, le système numérique de gestion fiscale, Digitax, est mis en échec, et les agents se retrouvent dans l’impossibilité de traiter les déclarations ou de délivrer les quittances de manière conventionnelle.

Comble de l’ironie pour une administration qui manipule des milliards, la responsable de ce centre névralgique a dû, selon nos sources, se résoudre à quitter son bureau pour recevoir certains contribuables… sur le parking du bâtiment. Faute d’ordinateurs fonctionnels et de lumière, c’est sur le capot des voitures ou sur des tables de fortune installées à la hâte en plein air que les dossiers urgents ont été consultés. Si l’on peut saluer le dévouement et le pragmatisme de cette directrice qui refuse de bloquer l’activité économique, l’image renvoyée aux chefs d’entreprises venus s’acquitter de leurs obligations fiscales est tout simplement désastreuse pour la crédibilité de l’État.

Cette fermeture forcée dépasse le simple incident d’exploitation et elle pose directement la question de la responsabilité de la SEEG, qui affirme pourtant avoir investi pas moins de 800 milliards de fcfa au cours des trois dernières années, dans la compétitivité globale du Gabon. Les défaillances techniques répétées et les crises de gouvernance de l’électricien national ne pénalisent plus seulement le quotidien des ménages ou la productivité des industries privées de la zone portuaire. Elles s’attaquent désormais de plein fouet aux fonctions régaliennes et aux capacités de recouvrement de l’État.

Et cet incident illustre l’urgence absolue d’une mise à niveau des secteurs stratégiques. Comment l’administration fiscale peut-elle optimiser ses rendements, déployer ses réformes de modernisation et exiger le civisme fiscal de la part des opérateurs économiques si le service public ne peut pas lui-même garantir le strict minimum : une alimentation électrique stable ? Alors que les institutions financières internationales pointent régulièrement du doigt les faiblesses structurelles du pays, la paralysie du CIME d’Owendo rappelle que la souveraineté financière du Gabon se jouera d’abord dans la fiabilité technique de ses infrastructures de base. 

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