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Gabon : après la réouverture du Komo, faut-il une centrale d’achat destinée aux produits frais ?

La réouverture du corridor du Komo relance la question du prix du poisson sans y répondre mécaniquement : 202 pirogues supplémentaires, plafonnées à quarante accès par jour, n’agissent que sur le volume pêché, pas sur la chaîne qui détermine le prix payé par le consommateur. Or l’État dispose déjà, en théorie, d’un outil censé répondre à ce type de problème : la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG), lancée officiellement le 25 avril 2026 à Angondjé, avec pour mission explicite de stabiliser les prix et de réduire les écarts entre coût de production et prix de marché.

Le problème est que la CEAG, dans son fonctionnement actuel, est structurellement pensée pour l’import. Sa force réside dans la négociation groupée avec des fournisseurs internationaux et l’achat en volume de denrées sèches et de produits frais importés, au lancement d’Angondjé, les produits frais mis en avant étaient les poulets et les oignons, pas le poisson local. Le poisson du Komo, lui, n’entre dans aucun circuit d’importation : il est pêché, débarqué, transporté et vendu localement, avec des coûts intermédiaires (carburant, glace, transport, marges des mareyeurs) que le modèle d’achat groupé à l’international ne touche pas.

La CEAG affiche pourtant une quatrième mission, moins médiatisée que ses méga-marchés : promouvoir l’achat et la consommation des produits locaux. C’est précisément le terrain sur lequel le corridor du Komo pourrait s’articuler avec elle, non pas en répliquant le modèle d’importation groupée, mais en organisant un circuit court entre les points de débarquement (CAPAL, Komo) et les points de vente, avec un prix négocié en amont plutôt que fixé par une chaîne d’intermédiaires. C’est d’ailleurs le principe qu’appliquait déjà l’ancien marché aux poissons du CAPAL, où les prix homologués échappaient à la loi de l’offre et de la demande.

Le test de crédibilité de la CEAG, porte justement sur sa capacité à dépasser l’événement ponctuel pour devenir un mécanisme durable. Étendre son périmètre au poisson frais local, en s’appuyant sur les nouveaux volumes potentiels du Komo, serait un test concret de cette ambition, mais cela suppose un investissement dans la chaîne du froid et la logistique de débarquement que rien, à ce stade, ne confirme publiquement.

Sans cette articulation explicite entre la politique de réouverture des zones de pêche et l’outil de régulation des prix censé en bénéficier aux consommateurs, les deux dispositifs avancent en parallèle plutôt qu’en complémentarité et le kilo de poisson à 3 000 fcfa risque de rester une réalité du marché, indépendamment du nombre de pirogues autorisées à pêcher.

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