Le 22 mai 2026, le Conseil des ministres adoptait le projet de loi de finances rectificative pour 2026. Son article 97 était sans ambiguïté : une ligne budgétaire nommait explicitement Société Générale comme banque arrangeuse d’un eurobond de 857,85 milliards de fcfa sur dix ans, soit environ 1,5 milliard de dollars. Le texte a ensuite été examiné par la Commission des finances de l’Assemblée nationale à partir du 10 juin, débattu en séance, puis promulgué le 17 juillet. À aucun moment de ce processus parlementaire, le nom d’AFG Capital n’apparaît dans les échanges publics.
Or c’est bien AFG Capital Ltd qui a structuré l’émission finalement bouclée le 30 juillet, en qualité de conseiller financier exclusif de l’État gabonais, pour un montant de 920 millions de dollars sur sept ans. Entre le vote de la loi mentionnant Société Générale et la communication d’AFG Capital revendiquant la structuration de l’opération, il s’est écoulé un peu plus de deux mois. Aucun communiqué officiel, aucun compte rendu de Conseil des ministres consultable publiquement, n’explique ce changement d’arrangeur. Le communiqué du ministère de l’Économie annonçant le succès de l’émission, publié le 30 juillet, ne mentionne d’ailleurs ni AFG Capital ni Société Générale, se contentant d’évoquer des échanges avec des investisseurs institutionnels mondiaux.
Cette zone d’ombre pose une question de fond sur la gouvernance de la dette publique gabonaise. Un mandat d’arrangeur sur une émission souveraine de cette ampleur engage l’État sur des commissions significatives et sur la qualité de l’exécution d’une opération qui conditionne l’accès du pays aux marchés pour les années à venir. Si le choix d’un nouvel arrangeur s’est fait par une procédure d’appel d’offres, cette procédure n’a fait l’objet d’aucune communication publique connue. Si le choix s’est fait de gré à gré, la question de la justification économique et de la conformité avec les règles de la commande publique se pose avec d’autant plus d’acuité que le montant en jeu se chiffre en millions de dollars de commissions potentielles.
Un travail de vérification s’impose sur plusieurs fronts. D’abord auprès de la Direction générale de la dette et de la Trésorerie, pour établir la chronologie exacte de la décision et l’existence ou non d’un document officiel actant le remplacement de Société Générale par AFG Capital. Ensuite auprès des parlementaires ayant siégé à la Commission des finances lors de l’examen du PLFR en juin, pour savoir s’ils ont été informés, avant l’émission de juillet, d’un changement d’arrangeur par rapport au texte qu’ils avaient voté. Enfin auprès de Société Générale elle-même, pour clarifier si la banque a été formellement dessaisie du mandat, ou si elle reste positionnée pour une opération ultérieure.
Ce dossier touche à un principe simple de bonne gouvernance financière : un Parlement qui autorise une émission obligataire sur la base d’un arrangeur nommément désigné est en droit de savoir si, et pourquoi, cet arrangeur a été remplacé avant l’exécution de l’opération. À ce jour, aucune réponse publique n’a été apportée à cette question, alors que l’opération elle-même a déjà été bouclée et que les fonds doivent être réglés autour du 5 août.













