Gabon : pourquoi un pays producteur de pétrole ne figure pas parmi les carburants les moins chers d’Afrique ?

Le Gabon produit environ 220 000 barils de pétrole par jour, mais cet avantage ne se traduit pas mécaniquement par l’un des prix de l’essence les plus faibles du continent. Le litre de super est vendu à 595 fcfa dans le réseau de stations-service, un tarif également affiché par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Dans une comparaison publiée début septembre, ce niveau correspond à environ 1,05 dollar le litre, contre 0,98 dollar au Nigeria, autre grand producteur africain. 

La comparaison avec d’autres économies africaines replace cependant le tarif gabonais dans une position relativement contenue. Selon les données arrêtées au 7 septembre 2026 reprises par Direct Infos Gabon, le litre atteint environ 1,75 dollar au Sénégal, 1,60 dollar en Côte d’Ivoire, 1,57 dollar au Ghana, 1,49 dollar au Cameroun et 1,15 dollar en RDC. Le Gabon reste donc moins cher que plusieurs pays de la région et d’Afrique subsaharienne, sans pour autant rejoindre les marchés où le carburant est vendu aux tarifs les plus faibles. 

Cette situation tient à la composition du prix à la pompe. Produire du pétrole brut ne signifie pas produire localement, en quantité suffisante et au coût le plus faible, l’ensemble des produits raffinés consommés dans le pays. Entre le brut extrait des champs pétroliers et le litre acheté par l’automobiliste interviennent le raffinage, les éventuelles importations de produits finis, le stockage, le transport, la distribution, les marges et la fiscalité. Le prix final dépend donc davantage de l’organisation de cette chaîne que du seul volume de pétrole extrait.

Le chiffre de 595 fcfa révèle également le poids de la politique publique de fixation des prix. Le tarif du super vendu dans le réseau était déjà affiché à ce niveau par la DGCCRF pour 2023, contre 605 fcfa en mai 2020. Cette stabilité signifie que les variations internationales du pétrole ne sont pas intégralement répercutées sur les automobilistes : l’État intervient dans la formation des prix, directement ou à travers différents mécanismes de stabilisation. 

Le paradoxe gabonais doit donc être nuancé. Avec 595 fcfa le litre, le pays conserve un carburant moins cher que dans plusieurs économies africaines comparables, mais son statut de producteur ne suffit pas à lui assurer les prix les plus faibles. La question se déplace vers la capacité de raffinage, les coûts logistiques, la fiscalité et le financement des mécanismes de stabilisation : quatre paramètres qui déterminent finalement davantage la facture de l’automobiliste que le nombre de barils sortant chaque jour du sous-sol gabonais.

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