Le changement intervient à un moment sensible pour la Cour des comptes. Réuni le 16 septembre 2026 à Port-Gentil, le Conseil supérieur de la magistrature a nommé Pamphile Moussavou Ibouanga Premier président de la Cour des comptes, en remplacement d’Alex Euv Moutsiangou. Le communiqué final du Conseil confirme cette nomination. Alex Euv Moutsiangou est, selon les informations publiées par Direct Infos Gabon, affecté comme conseiller au Secrétariat permanent du Conseil supérieur de la magistrature.
Cette mutation intervient quelques jours après la mise en avant d’un vaste chantier de recouvrement portant sur environ 1 700 milliards fcfa de débets et amendes, concernant plusieurs centaines de personnes physiques et morales. Le chiffre doit toutefois être manié avec prudence : il agrège des décisions rendues sur plusieurs années et ne peut être assimilé, sans examen détaillé de chaque dossier, à 1 700 milliards fcfa immédiatement recouvrables par le Trésor. Plusieurs créances peuvent présenter des situations juridiques, des périodes et des possibilités de recouvrement différentes.
Le récent Recueil des décisions et avis des juridictions financières, couvrant la période 1994-2022, permet néanmoins de mesurer l’ancienneté de certains dossiers. Parmi les décisions figurent notamment un débet de 114,069 milliards fcfa prononcé contre l’ancien Trésorier-payeur général Eugène Capito pour des opérations portant sur les exercices 1980 à 1990, ainsi que des montants de 3,020 milliards concernant Émile Doumba et de 2,074 milliards pour Paul Mba Abessole. Le passage de la décision juridictionnelle au recouvrement effectif constitue désormais l’étape déterminante.
Le calendrier du changement de Premier président place donc Pamphile Moussavou Ibouanga devant un dossier déjà engagé institutionnellement. Aucun élément officiel disponible ne permet, à ce stade, d’établir un lien de causalité entre la mutation d’Alex Euv Moutsiangou et le chantier des débets. Le fait vérifiable est leur proximité chronologique : la recomposition de la Cour intervient au moment où la question du recouvrement de ces anciennes créances publiques revient au premier plan. Le communiqué du Conseil supérieur de la magistrature ne donne pas de motif particulier pour ce changement.
La suite permettra donc d’apprécier la continuité du chantier au-delà du changement d’homme. Le sujet financier dépasse le sort d’Alex Euv Moutsiangou : il porte sur la capacité de l’État à transformer des décisions de justice financière parfois anciennes en sommes effectivement recouvrées. La nomination de Pamphile Moussavou Ibouanga ouvre ainsi une nouvelle phase pour la Cour des comptes, avec une donnée facilement mesurable : combien des créances juridiquement recouvrables identifiées seront effectivement reversées dans les caisses publiques ?













