« Contenu local, la recherche doctorale qui veut transformer le pétrole gabonais en véritable moteur de création de valeur » par Dr Bikita

La question dépasse désormais la seule exploitation des hydrocarbures. Au Gabon, l’enjeu consiste de plus en plus à savoir comment faire de l’activité pétrolière un véritable levier de développement du tissu économique national. Entreprises gabonaises, emplois qualifiés, transfert de compétences, financement et intégration aux chaînes de valeur : c’est autour de ces défis que s’est construite la recherche doctorale du Dr. Zacharie Bikita, récemment soutenue à Paris.

Désormais titulaire d’un Executive Doctorate in Business Administration (EDBA) en Sciences de Gestion, le chercheur a consacré sa thèse à l’« Analyse de l’impact du contenu local sur le développement de la sous-traitance dans le secteur pétrolier et gazier au Gabon ».

Du contenu local à la création de valeur

Derrière le concept de contenu local se trouve une question centrale pour une économie productrice d’hydrocarbures : quelle part de la valeur générée par l’exploitation des ressources naturelles peut effectivement rester dans l’économie nationale ?

La recherche du Dr. Bikita s’intéresse précisément à cette problématique. Elle cherche à déterminer dans quelles conditions la sous-traitance pétrolière peut dépasser le simple rôle de prestation de services pour devenir un instrument de développement des entreprises gabonaises, de création d’emplois qualifiés et de transfert de compétences.

« À travers cette recherche, il ne s’agit pas uniquement d’étudier les relations contractuelles entre les opérateurs pétroliers et leurs prestataires. L’ambition est plus large : comprendre dans quelles conditions la sous-traitance peut devenir un véritable levier de développement économique, de montée en compétences des entreprises nationales et de création de valeur durable pour le Gabon », confie Dr Bikita à la rédaction d’Inside News241.

Cette problématique prend une dimension particulière dans un secteur où les exigences techniques, financières et organisationnelles peuvent constituer des barrières importantes à l’accès des entreprises locales aux marchés.

Un cadre réglementaire déjà renforcé

La réflexion intervient dans un contexte marqué par plusieurs évolutions réglementaires. En effet, le Gabon s’est notamment doté de la Loi n°002/2019 portant Code des hydrocarbures, du Décret n°00232/PR/MPGM du 9 septembre 2021 relatif au contenu local et de la Loi n°024/2021 portant ratification de l’ordonnance n°003/PR/2021 réglementant la sous-traitance en République Gabonaise.

L’existence d’un dispositif juridique ne garantit pas, à elle seule, la transformation des ambitions en résultats économiques, relève Dr Bikita.

Ces textes traduisent une volonté de mieux encadrer la participation nationale à l’activité pétrolière et gazière. Mais l’existence d’un dispositif juridique ne garantit pas, à elle seule, la transformation des ambitions en résultats économiques. C’est précisément l’écart entre le cadre réglementaire et sa traduction concrète qui constitue l’un des axes de la recherche.

Ainsi la question posée est donc celle de l’effectivité : comment faire en sorte que les mécanismes de contenu local contribuent réellement au développement d’entreprises nationales capables de s’inscrire durablement dans les chaînes de valeur des hydrocarbures ?

Une recherche fondée sur les réalités du terrain

Pour répondre à cette question, le Dr. Bikita a adopté une démarche empirique impliquant plusieurs catégories d’acteurs du secteur. Son analyse prend notamment en compte les opérateurs pétroliers, les entreprises sous-traitantes, les entreprises autochtones, les administrations publiques, les établissements bancaires, les organisations professionnelles — notamment l’UPEGA et le CEPAG — ainsi que des représentants de la société civile et des experts du secteur pétrolier.

Dr Zacharie Bikita en pleine démonstration.

Cette diversité des parties prenantes constitue un élément important de la démarche. « L’approche de triangulation adoptée a permis d’avoir une vision intégrée de la mise en œuvre du contenu local vue par les différentes parties prenantes : les Opérateurs, les sous-traitants et sous-traitants locaux, les institutionnels, les organisations professionnelles (UPEGA & CEPAG), les Banques et la société civile », a ajouté Dr Bikita.

L’étude s’appuie également sur l’analyse du cadre réglementaire gabonais, des rapports de l’ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives), de données officielles et sur une étude de cas consacrée à une entreprise sous-traitante locale.

Financement, compétences et gouvernance au cœur de l’équation

L’une des particularités de cette recherche réside dans son approche pluridisciplinaire. En fait, le travail mobilise notamment l’approche fondée sur les ressources et les compétences (Resource-Based View), la théorie des coûts de transaction, la théorie institutionnelle et la théorie des parties prenantes. Il s’appuie également sur les travaux consacrés aux chaînes de valeur et au contenu local dans les industries extractives.

L’objectif est de mettre en relation plusieurs facteurs souvent étudiés séparément : capacités des entreprises locales, accès au financement, gouvernance, relations de sous-traitance, création de valeur nationale et intégration des entreprises gabonaises aux chaînes de valeur pétrolières.

Cette approche permet ainsi de considérer la sous-traitance non seulement comme une relation commerciale entre un donneur d’ordre et un prestataire, mais comme un mécanisme pouvant contribuer à la structuration progressive d’un écosystème économique national.

De la recherche à l’action publique

Au-delà de la dimension académique, le chercheur revendique une finalité opérationnelle. « Une recherche tournée vers l’action : cette démarche scientifique poursuit une ambition claire, contribuer au débat sur les conditions permettant de renforcer la participation des entreprises nationales aux activités pétrolières, tout en alimentant la réflexion sur les politiques publiques, les stratégies des entreprises et les mécanismes d’accompagnement du tissu économique local », conclut-il.

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Cette orientation ouvre plusieurs pistes de réflexion pour les décideurs publics comme pour les opérateurs économiques : capacités techniques des entreprises nationales, accès au financement, accompagnement entrepreneurial, transfert de compétences, gouvernance des dispositifs de contenu local ou encore conditions d’accès des PME gabonaises aux marchés de la sous-traitance.

Une soutenance, mais surtout le début d’un nouveau cycle

La soutenance parisienne marque l’aboutissement de plusieurs années de recherche. Elle constitue également le point de départ d’une nouvelle phase consacrée au partage et à la valorisation des résultats.

Le Dr. Zacharie Bikita entend désormais inscrire son travail dans les échanges entre les communautés académique, institutionnelle et professionnelle, avec l’objectif de contribuer à une réflexion plus large sur la création de valeur dans le secteur des hydrocarbures au Gabon.

Sur le plan académique, le chercheur est issu du Centre International de Recherche en Économie et en Gestion pour le Développement (CIREGED) de l’Université Omar Bongo et de l’Académie des Sciences de Management de Paris (ASMP).

À l’issue de sa soutenance, il a également été retenu comme chercheur associé à l’ASMP. Il adresse ses remerciements à ses encadreurs au Gabon, notamment les Prs Jean Jacques Tony Ekomie et Hervé Ndoume Essingone, directeurs du CIREGED, ainsi qu’à Natacha Mbouna et Ruphin Ndjambou, co-directeur de thèse. À l’international, il remercie les Prs Jacques Igalens, Jean Paul Tchankam et Soufyane Frimousse, directeur de thèse, ainsi que les responsables de l’ASMP, les Prs Jean Marie Peretti et Patrick Dambron. La thèse a été examinée par un jury composé des Professeurs Soufyane Frimousse, Ruphin Ndjambou, Christine Dugoin-Clement et Patrick Dambron, président du jury.

Pour le Dr. Zacharie Bikita, chercheur en Sciences de Gestion spécialisé dans le secteur des hydrocarbures, l’enjeu dépasse finalement la seule production scientifique : faire en sorte que la recherche contribue à éclairer la décision, nourrir le débat et participer au développement des organisations, des territoires et de l’économie gabonaise.

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