La Coupe d’Afrique des nations organisée en 2012 apparaît directement dans le recueil de la Cour des comptes à travers les « investissements relatifs à l’organisation de la CAN 2012 ». Le document identifie notamment Nicolas Beyeme-Nguema, comptable spécial du COCAN 2012, dans une procédure engagée après un arrêt provisoire de débet. La Cour rappelle cependant que les charges contenues dans un arrêt provisoire n’ont « aucun caractère définitif », puisqu’elles servent notamment à obtenir des pièces ou justifications complémentaires.
Au-delà du contentieux individuel, le dossier renvoie à une question économique plus large : comment mesurer le rendement d’un investissement public conçu pour un événement de quelques semaines ? Les stades, routes, hôtels, équipements urbains et infrastructures connexes peuvent soutenir l’activité pendant leur construction. Leur véritable rentabilité dépend toutefois de leur utilisation pendant les dix ou vingt années suivantes, des coûts d’entretien et des revenus ou externalités qu’ils génèrent.
Cette distinction est importante dans un pays où l’investissement public doit fortement augmenter. Le budget 2026 prévoit 3 321,5 milliards de fcfa de dépenses d’investissement, pour un besoin global de financement évalué à 3 213,3 milliards. Le gouvernement indique lui-même que seuls les projets disposant d’une étude éprouvée et d’un financement mobilisé devraient démarrer. Le précédent de la CAN fournit ainsi une base concrète pour demander comment est calculée aujourd’hui la rentabilité socio-économique des grands projets.
L’enjeu ici ne consiste donc pas uniquement à rechercher d’éventuelles dépenses irrégulières. Il s’agit également de savoir combien les équipements de 2012 ont coûté après la compétition : maintenance, réhabilitation, gardiennage, énergie, personnel et nouveaux travaux. Un investissement de plusieurs milliards peut devenir une charge budgétaire permanente lorsqu’il ne dispose pas d’un modèle d’exploitation viable.
Le dossier CAN 2012 pourrait ainsi être relu sous l’angle du coût complet de l’investissement public. À l’heure où Libreville engage un programme d’infrastructures sans précédent, l’héritage économique d’un grand événement sportif offre une question de fond : l’État calcule-t-il seulement le coût de construction de ses équipements ou également ce qu’ils coûteront et rapporteront pendant toute leur durée de vie ? Une question qui peut être recentrée autour de l’actuel Palais des Congrès ou de la Cité de la Démocratie.













