Deux pays riches en ressources naturelles, deux déficits considérables d’infrastructures et deux manières possibles de chercher l’argent. La RDC veut créer une banque capable d’utiliser les ressources publiques comme levier pour mobiliser des capitaux privés dans les routes, l’électricité et l’eau. Le Gabon a choisi en 2026 une trajectoire beaucoup plus directement budgétaire : le cadrage initial prévoyait 3 321,5 milliards de fcfa d’investissements, soit près de la moitié des 7 233,3 milliards de ressources et dépenses alors annoncées, avant de revenir à la réalité avec un budget rectifié à 5 495,2 milliards de fcfa et une coupe de 1000 milliards dans les investissements.
Cette stratégie correspond à l’ampleur des ambitions affichées à Libreville. Routes nationales, contournements urbains, production électrique, réseaux d’eau, équipements publics et infrastructures nécessaires au développement minier se retrouvent simultanément dans le pipeline. Mais les recettes courantes ne suffisent pas à absorber un tel effort. Dans le cadrage présenté par le gouvernement, les 3 664,1 milliards de fcfa de recettes attendues étaient presque intégralement absorbés par 3 569 milliards de dépenses de fonctionnement, ne laissant que 95,1 milliards de marge.
Le reste doit donc venir d’ailleurs. Marché financier régional, banques, partenaires multilatéraux et emprunts internationaux deviennent les compléments naturels du budget. Le retour du Gabon sur le marché international en juillet, avec 525,4 milliards de fcfa levés à 9,375 %, illustre la capacité du pays à mobiliser rapidement des sommes importantes. Il rappelle également qu’une infrastructure financée par dette doit générer suffisamment de croissance ou de recettes futures pour justifier le coût du capital engagé aujourd’hui.
La démarche congolaise propose une autre répartition des rôles. L’État apporte une partie du capital, prépare les projets et cherche à faire intervenir investisseurs privés, banques et institutions de développement. Pour le Gabon, certains projets se prêtent davantage que d’autres à cette approche : production et transport d’électricité, infrastructures ferroviaires associées aux mines, logistique portuaire ou certains équipements urbains peuvent générer des flux financiers identifiables. Les routes rurales ou les réseaux sociaux essentiels resteront, eux, beaucoup plus dépendants des finances publiques.
Le choix n’est donc pas entre État et privé, mais entre faire porter presque tout le financement par le bilan public et réserver celui-ci aux projets que le marché ne peut raisonnablement financer. C’est là que l’expérience annoncée par Kinshasa devient intéressante pour Libreville. Avec un programme d’investissement exceptionnel et une dette déjà coûteuse à refinancer, attirer quelques centaines de milliards de fcfa de capitaux privés vers des infrastructures rentables libérerait autant de capacité budgétaire pour l’eau, les routes secondaires, les écoles ou les infrastructures dont la rentabilité est d’abord sociale.













