Le mandat Société Générale sur l’eurobond gabonais existe-t-il encore, ou a-t-il été discrètement abandonné ?

L’article 97 de la loi de finances rectificative 2026 autorise un eurobond de 857,85 milliards de fcfa, soit environ 1,5 milliard de dollars, sur dix ans, avec Société Générale comme banque arrangeuse désignée. L’émission structurée par AFG Capital et bouclée le 30 juillet n’a mobilisé que 920 millions de dollars, sur sept ans, laissant théoriquement 580 millions de dollars de capacité d’émission encore disponible dans l’enveloppe votée par les élus. La question posée aux autorités gabonaises est simple : ce solde sera-t-il mobilisé par Société Générale, comme le texte de loi le prévoit, ou le mandat de la banque française a-t-il été purement et simplement abandonné sans que le Parlement n’en soit informé ?

Cette question n’est pas anodine sur le plan de la responsabilité budgétaire. Les élus qui ont voté le budget rectificatif l’ont fait sur la base d’un montage précis : un montant, une maturité, un arrangeur. Si l’exécutif décide unilatéralement de ne mobiliser qu’une fraction de l’enveloppe votée, via un autre prestataire et sur des conditions différentes, sans revenir devant l’Assemblée nationale, cela interroge sur la portée réelle du contrôle parlementaire sur l’endettement extérieur de l’État. Un vote budgétaire autorisant un plafond d’émission ne devrait pas se transformer en blanc-seing permettant à l’exécutif de recourir à l’arrangeur de son choix, pour le montant de son choix, sans redevabilité.

Le silence actuel sur le devenir du mandat Société Générale laisse plusieurs hypothèses ouvertes, dont aucune n’a été confirmée ni infirmée publiquement. Première hypothèse : une seconde émission est effectivement en préparation, et sera annoncée avant la fin de l’année, potentiellement en lien avec le calendrier de la mission du FMI attendue à Libreville en septembre. Seconde hypothèse : le gouvernement a renoncé à mobiliser le solde de l’enveloppe pour 2026, jugeant les conditions de marché insuffisamment favorables ou les besoins de trésorerie déjà couverts par l’opération AFG Capital. Troisième hypothèse, plus préoccupante sur le plan de la transparence : le mandat Société Générale a été discrètement remplacé dans son intégralité par celui d’AFG Capital, rendant caduque la ligne budgétaire votée en mai sans qu’aucune correction n’ait été apportée au texte ou communiquée aux parlementaires.

Un travail de suivi s’impose sur plusieurs mois pour trancher entre ces hypothèses. Il conviendrait peut-être d’interroger directement Société Générale sur le statut de son mandat, de solliciter le ministère de l’Économie sur ses intentions concernant le solde de 580 millions de dollars, et de vérifier, dans les prochaines lois de finances ou rectificatifs budgétaires, si une nouvelle ligne concernant une émission complémentaire apparaît. L’absence de mouvement sur ce dossier d’ici la fin de l’année 2026 constituerait en soi une réponse, révélant qu’une partie significative du programme d’emprunt voté par les élus n’aura jamais été exécutée telle qu’autorisée.

Ce dossier révèle une difficulté récurrente dans le suivi de la dette publique gabonaise : la distance entre ce qui est voté au Parlement et ce qui est effectivement exécuté par l’exécutif. Tant que cette distance n’est pas documentée et expliquée publiquement, les citoyens et les créanciers du pays n’ont accès qu’à une lecture partielle de la stratégie réelle de financement de l’État, construite après coup à partir de communiqués de succès plutôt que d’un compte rendu transparent des écarts entre autorisation et exécution.

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