Gabon : le mur d’endettement de 2025, ou comment une moyenne cache un pic

Sur le papier, la stratégie d’endettement 2025-2027 affiche une trajectoire apaisée : un besoin de financement moyen de 4,8% du PIB sur trois ans. Le détail annuel raconte une autre histoire. En 2025, ce besoin culmine à 9,5% du PIB, contre 2,7% en 2026 et 2,3% en 2027 seulement. L’écart n’a rien d’un accident statistique : il porte un nom, l’Eurobond de 370 milliards de fcfa programmé cette année, entièrement destiné à absorber le service dû sur les émissions internationales antérieures.

Le document est explicite sur la finalité de cette opération. Elle doit couvrir en partie le refinancement des Eurobonds 2015, 2021, 2022 et 2023, dont les échéances s’accumulent précisément sur cette fenêtre. Autrement dit, l’État ne lève pas 902 milliards de fcfa de nouveaux engagements en 2025 pour financer prioritairement des routes ou des hôpitaux, mais pour éviter un défaut technique sur sa propre signature internationale.

Ce choix a un coût direct. Sur les 902 milliards de fcfa de plafond fixé pour 2025, 470 milliards concernent l’extérieur, dont 370 milliards rien que pour cet unique Eurobond. Cela représente plus du tiers de l’ensemble des nouveaux emprunts prévus pour l’année, tous types confondus, mobilisé pour éponger le passé plutôt que pour construire l’avenir.

Le paradoxe se referme sur lui-même dès 2026 et 2027, années où le plafond extérieur retombe à 100 milliards de fcfa, exclusivement semi-concessionnel. Le gouvernement lui-même documente donc une année 2025 hors normes, suivie de deux années de convalescence budgétaire imposée par le poids du service antérieur, sans que cette rupture de rythme soit présentée comme telle dans la communication officielle.

Reste une question que le document élude soigneusement : que se passe-t-il si les conditions de marché se dégradent d’ici l’émission de cet Eurobond, alors que les agences de notation maintiennent le pays sous des notes dégradées ? Le scénario de référence ne prévoit aucune marge d’ajustement en cas d’échec partiel de la levée, ce qui fait de 2025 l’année charnière de toute la stratégie triennale.

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