Le classement 2026 de Nairametrics, qui place le Gabon au 6ᵉ rang africain avec un SMIG de 150 000 fcfa, repose sur une confusion entretenue depuis près de deux décennies. En droit gabonais, le Salaire minimum interprofessionnel garanti stricto sensu a été fixé à 80 000 fcfa par le décret n°855 de 2006 et n’a jamais été revalorisé depuis. Le montant de 150 000 fcfa correspond en réalité au Revenu minimum mensuel (RMM), institué par le décret n°127/PR/MTEPS du 23 avril 2010, qui agrège le SMIG et diverses primes obligatoires (logement, transport, ancienneté) que l’employeur n’est tenu de verser que si une convention collective l’y oblige.
Cette distinction n’est pas un détail technique : elle signifie qu’un salarié du secteur privé sans convention collective favorable peut légalement être payé 80 000 fcfa par mois, soit environ 122 euros, un niveau que plusieurs médias économiques locaux confirmaient encore être en vigueur début 2026. Des rumeurs de revalorisation du SMIG lui-même circulent depuis les annonces d’Ali Bongo Ondimba en 2009, sans qu’aucun décret n’ait jamais officialisé cette hausse pour la composante SMIG. Seule la réforme de 2015 a revalorisé les salaires des agents publics via le Nouveau Système de Rémunération, sans toucher au SMIG du secteur privé.
Une confédération syndicale a réclamé dès 2024 un réajustement à 250 000 fcfa, jugeant obsolète un cadre construit sur des paramètres économiques vieux de vingt ans. La période 2023-2026, post-changement de régime, n’a pour l’instant donné lieu à aucune hausse du SMIG, les gestes salariaux du gouvernement ayant été ciblés sur les primes exceptionnelles versées aux forces de défense et de sécurité plutôt que sur le salaire minimum du secteur privé.
Comparé à la sous-région, le Gabon reste mieux positionné : le Cameroun affiche un SMIG proche de 41 875 fcfa et le Tchad stagne à 60 000 fcfa depuis 2011, quand le Congo-Brazzaville avoisine 90 000 fcfa. Mais cette comparaison régionale, seule mise en avant dans les classements internationaux qui retiennent le chiffre de 150 000 fcfa, masque la réalité d’un plancher légal gabonais parmi les plus figés du continent pour la composante strictement salariale.
Pour le gouvernement, l’enjeu de communication rejoint désormais l’enjeu social : tant que l’État laissera perdurer l’amalgame entre SMIG et RMM dans le débat public, la pression syndicale pour une revalorisation du salaire minimum réel restera diffuse, faute de cible chiffrée claire, pendant que les classements continentaux continueront de valoriser un Gabon socialement plus performant qu’il ne l’est en réalité pour une partie de sa main-d’œuvre.













