Gabon : qui décide vraiment des priorités d’approvisionnement à la SGEPP ?

Depuis le début de l’année 2026, le Grand Libreville a connu au moins deux épisodes majeurs de pénurie de gaz butane : le premier début janvier, lié à une rupture simultanée d’essence et de gaz, le second fin juillet, attribué officiellement à un « simple ralentissement de la chaîne logistique ». Dans les deux cas, la Société Gabonaise d’Entreposage de Produits Pétroliers (SGEPP) a publié un communiqué a posteriori, une fois les files d’attente déjà formées devant les points de vente de Mélen, d’Akanda ou de Nzeng-Ayong. Cette récurrence pose une question simple que les communiqués n’abordent jamais : qui, concrètement, arbitre les priorités d’approvisionnement quand le stock national se resserre ?

La SGEPP se défend d’être responsable de la commercialisation, renvoyant cette mission aux cinq marketeurs qu’elle dessert : TotalEnergies Marketing Gabon, Vivo Energy Gabon, Ola Energy Gabon, PetroGabon et Gab’Oil. En temps normal, l’entreprise affirme couvrir près de 90 % de la demande quotidienne en bouteilles. Mais ce chiffre, avancé par la SGEPP elle-même lors de la crise de janvier, ne dit rien du seuil de rupture réel ni des critères qui président à la répartition des volumes entre marketeurs lorsque l’offre se contracte. Aucun document public ne détaille la formule d’allocation, ni les recours dont disposent les distributeurs qui s’estiment lésés.

Le cas du centre d’emplissage de Port-Gentil illustre cette opacité décisionnelle. Inauguré le 13 avril 2026 avec une capacité théorique de 3 000 bouteilles par jour, cet investissement devait couvrir Port-Gentil, Omboué, Lambaréné et Gamba. Mais la capacité de production n’est, de l’aveu même des responsables locaux, qu’une partie de l’équation : la chaîne de distribution et les délais d’acheminement du dernier kilomètre restent le maillon faible, sans que l’on sache qui, à la SGEPP ou au ministère de tutelle, porte la responsabilité de ce dernier segment.

En janvier 2026, une réunion de crise convoquée par le ministre du Pétrole et du Gaz, Clotaire Kondja, a réuni la SGEPP et les marketeurs pour définir un plan logistique promettant un retour à la normale « d’ici la fin du mois ». Ce format de gestion, la réunion d’urgence en cas de tension déjà visible, révèle l’absence d’un mécanisme d’alerte précoce institutionnalisé. Aucun tableau de bord public ne permet aux citoyens ni aux journalistes de connaître, en temps réel, les niveaux de stock stratégique ni les délais de livraison des navires-gaziers affrétés pour le pays.

L’enjeu dépasse la communication de crise. Tant que la chaîne de décision entre la SGEPP, les cinq marketeurs et le ministère de tutelle restera aussi peu documentée, chaque nouvel incident maritime, à l’image des difficultés du Gas Yildiz, continuera de se traduire par des semaines d’incertitude pour les ménages avant qu’un communiqué rassurant ne vienne clore l’épisode, sans jamais s’attaquer à la gouvernance du système.

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