Le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, adopté en Conseil des ministres le 22 mai et défendu devant l’Assemblée nationale le 12 juin par le ministre des Travaux publics Edgard Moukoumbi (en intérim de son collègue du Logement), acte une coupe sévère sur le département de l’Habitat. La dotation passe de 74,2 à 19,3 milliards fcfa, soit une contraction de près de 55 milliards. Une baisse que le ministère lui-même qualifie de « réelle » et d' »ajustement budgétaire majeur » sur son propre site.
Pour compenser, le gouvernement a changé de méthode : il ne finance plus directement la construction sur fonds budgétaires, mais s’appuie sur l’emprunt bancaire porté par les opérateurs publics et privés du secteur. Deux financements sont déjà sécurisés : 60 milliards fcfa mobilisés par la Société Nationale Immobilière (SNI) auprès de BGFI Bank, et 28 milliards fcfa par la SOBEG auprès de Coris Bank, soit 88 milliards déjà engagés. Des discussions sont en cours pour porter l’intervention de BGFI à 100 milliards, ce qui porterait l’enveloppe totale à 128 milliards, plus que la somme retirée du budget.
Réduction des dépenses d’investissement de l’État
Sur le papier, l’équation semble favorable aux Gabonais en attente de logement : plus d’argent disponible qu’avant la coupe. Mais la nature de cet argent a changé de visage. Ce ne sont plus des crédits publics non remboursables, mais des emprunts contractés par des entités parapubliques, qui devront être remboursés, vraisemblablement sur les revenus futurs de vente ou de location des logements construits. Cependant, si les ventes ou les loyers ne suffisent pas à couvrir cette dette, qui absorbe la différence ?
Ce basculement n’est pas isolé au seul Logement. Le PLFR 2026 dans son ensemble réduit les dépenses d’investissement de l’État de 968 milliards fcfa (de 2 137 à 1 169 milliards), officiellement pour « déprogrammer des projets dépourvus d’études de faisabilité ». Le Logement illustre ainsi un mouvement plus large : l’État réduit son rôle de financeur direct au profit des banques commerciales et des opérateurs privés, un choix qui déplace le risque budgétaire vers le bilan des entreprises publiques et, in fine, vers les futurs acquéreurs de ces logements.
Multiplication des prises de contact avec de nouveaux promoteurs
Le ministère multiplie en parallèle les prises de contact avec de nouveaux promoteurs étrangers, dans la même logique de substitution au financement public. Le 16 juin 2026, Mays Mouissi a reçu une délégation du groupe sénégalais Sablux Holding, accompagnée de l’ambassadeur du Sénégal, un acteur fondé en 2009, présent dans quatre pays d’Afrique de l’Ouest et crédité de plus de 75 programmes immobiliers réalisés.
Le ministre lui a demandé de dépasser le stade des intentions et de soumettre un projet détaillé précisant les segments visés, les sites, et surtout le modèle financier garantissant l’équilibre économique du programme. C’est exactement l’exigence qui devrait s’appliquer, en miroir, aux financements déjà annoncés pour la SNI et la SOBEG : un modèle financier détaillé et public, pas seulement un montant emprunté.














