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Gabon : comment Oligui Nguéma reprend le contrôle du thon gabonais au nez et à la barbe de l’UE

Le 4 juin 2025, en Conseil des ministres, le gouvernement gabonais a dénoncé unilatéralement l’accord de pêche qui liait le pays à l’Union européenne depuis 2007. Sept mois plus tard, le 15 janvier 2026, le Comité ministériel de pilotage, présidé par le vice-président du gouvernement, entérinait la rupture définitive. À Bruxelles, l’annonce a été reçue avec ce que l’ambassadrice de l’UE au Gabon, Cécile Abadie, a elle-même qualifié de « surprise » et de « déception ». 24 heures après cette dénonciation, l’Union européenne affichait pourtant déjà sa disponibilité à négocier. Un empressement qui en dit long sur la valeur que Bruxelles accorde à l’accès aux eaux gabonaises.

Des sommes jugées dérisoires

Sur le papier, ce que le Gabon a renoncé à percevoir est modeste : 1,6 million d’euros par an versés par l’UE, soit environ 1,05 milliard de fcfa, complétés par près d’un million d’euros (656 millions de fcfa) d’autorisations de pêche réglées directement par les armateurs. Sur l’ensemble du cycle 2021-2026, Bruxelles chiffre sa contribution totale à 18 millions d’euros, soit 11,8 milliards de fcfa, un montant que les autorités gabonaises évaluaient en janvier 2026 à 17 milliards de fcfa, sans qu’aucune réconciliation officielle des deux chiffrages n’ait été produite depuis. Ce sont ces sommes, jugées dérisoires au regard de la valeur réelle des 32 000 tonnes de thon que les 33 navires européens autorisés capturaient chaque année dans la zone économique exclusive gabonaise, que Libreville refuse désormais d’encaisser en l’état.

À partir du 29 juin, ces navires n’auront plus accès aux eaux gabonaises. La bascule est nette : d’un système de redevances, le Gabon entend passer à un système de captation de valeur, en transformant lui-même le poisson plutôt qu’en facturant son accès à des flottes étrangères qui le transforment ensuite ailleurs. C’est l’argument central porté par le ministre de la Mer, des Pêches et de l’Économie bleue, Aimé Martial Massamba : « Nous ne pouvons plus accepter un modèle où nos ressources sont simplement capturées et exportées brutes sans valeur ajoutée créée sur le sol gabonais. » Reste à savoir si l’appareil industriel gabonais est prêt à absorber ce basculement. 

Eaux gabonaises : un potentiel de 15 000 tonnes de thon par an

Le site sur lequel repose l’essentiel de cette ambition, à Owendo, n’est pas une construction neuve : c’est celui de l’ex-Sifrigab, repris une première fois en 2013-2014 par le groupe mauricien IBL avant de buter sur ses approvisionnements, puis relancé depuis avril 2024 par IB Fish, filiale du groupe burkinabè Ebomaf, avec cette fois 10 milliards de fcfa investis et deux navires de pêche supplémentaires acquis pour sécuriser la matière première. Les eaux gabonaises sont estimées à un potentiel propre de 15 000 tonnes de thon par an.

Le Sénégal a ouvert la voie en 2024 en rompant lui aussi avec l’UE sur le même dossier, et la dénonciation gabonaise s’inscrit dans cette dynamique continentale de reprise de contrôle sur les ressources maritimes. Mais le test ne se jouera pas dans les salles de négociation : il se jouera à Owendo, sur un site qui a déjà connu deux faux départs en une décennie, et dont la capacité à transformer 15 000 tonnes de thon par an déterminera si la rupture du 29 juin restera un acte de souveraineté affirmé ou un pari resté sur le papier.

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