En l’espace de trois semaines, entre le 17 février et le 6 mars 2025, la Direction générale de l’Office National de Développement du Sport et de la Culture (ONDSC) a engagé, selon la direction générale des marchés publics (DGMP), 5 604 705 360 de fcfa de dépenses publiques sans ouvrir un seul appel d’offres. Cinq marchés de travaux, cinq provinces, cinq attributions en entente directe. Dans un pays qui a fait de la bonne gouvernance son principal argument de légitimité, ce mode opératoire mérite une explication que ni l’ONDSC ni le Ministère de la Jeunesse et des Sports n’ont jusqu’ici fournie publiquement.
Entente directe, un choix politique ?
L’entente directe est, dans la réglementation gabonaise des marchés publics, une procédure d’exception. Elle est théoriquement réservée aux situations d’urgence avérée, aux marchés relevant du secret défense, ou aux cas où un seul prestataire est techniquement capable d’exécuter la prestation. Aucune de ces conditions ne semble s’appliquer à la construction de complexes sportifs dans cinq chefs-lieux de province.

Des infrastructures standardisées, planifiables, pour lesquelles le marché gabonais et régional compte plusieurs opérateurs qualifiés. L’entente directe ici n’est pas une nécessité technique, c’est un choix politique. Ce qui frappe davantage, c’est la concentration temporelle des attributions. Trois marchés sont approuvés le même jour, le 18 février 2025, tous au profit du même attributaire, COBAFEV. Un quatrième, à Bitam, est signé la veille au profit de Société Technologie Gabon. Le cinquième, à Port-Gentil, suit deux semaines plus tard pour SANGA BTP. Cette cadence suggère une décision centralisée, prise en amont, avec une liste d’attributaires déjà arrêtée avant toute procédure formelle. Le processus d’attribution est ainsi réduit à sa dimension administrative, vidé de toute dimension compétitive.
Un paradoxe institutionnel majeur
Le financement de ces cinq marchés est imputé au Budget 2024, un budget dont l’exécution se prolonge visiblement au-delà de l’exercice, dans un contexte où le Gabon négocie un programme avec le FMI et où la maîtrise des dépenses publiques est censée être une priorité absolue. Engager plus de 5,6 milliards en travaux d’infrastructure sportive, sans mise en concurrence, sur un budget en cours de clôture, soulève des questions de soutenabilité budgétaire autant que de conformité procédurale. La Direction Générale du Budget et le Contrôle d’État ont-ils validé ces engagements ? Sous quelles conditions ?
L’ONDSC se retrouve ainsi au cœur d’un paradoxe institutionnel majeur : l’organe censé structurer et moderniser les infrastructures sportives gabonaises opère, dans ses pratiques contractuelles, comme si les réformes de gouvernance proclamées par le CTRI et maintenant par le gouvernement, ne le concernaient pas. À l’heure où le gouvernement sollicite la confiance des bailleurs internationaux sur sa capacité à assainir les finances publiques, ces cinq marchés constituent un signal préoccupant. Pas nécessairement celui d’une corruption caractérisée, mais certainement celui d’une culture administrative où la transparence reste optionnelle.














