Le gouvernement gabonais veut lier la progression de carrière des fonctionnaires au mérite plutôt qu’à l’ancienneté. Sur le papier, l’idée est lumineuse. Mais dans les faits, la réforme suscite la méfiance, beaucoup doutant de la capacité de l’administration gabonaise à mesurer objectivement ce critère.
Du mercredi au vendredi dernier, le ministère de la Fonction publique a abrité un atelier qui a permis de poser les premières pierres du futur statut général de la Fonction publique et du statut des fonctionnaires. Parmi les mesures phares évoquées : la suppression de l’avancement automatique. Si les textes sont adoptés en l’état, la carrière d’un agent public ne progressera plus mécaniquement au fil des années. Elle dépendra d’évaluations professionnelles, de la qualité du travail fourni et de la performance individuelle. Objectif affiché : « doter le Gabon d’une administration plus performante, plus moderne, plus transparente et davantage orientée vers les résultats », indiquent les services de la ministre Laurence Ndong.
C’est précisément sur ce terrain que les critiques émergent. Car si le critère de la performance séduit, son application se heurte à des préalables que l’administration gabonaise peine encore à garantir. Le Front démocratique socialiste (FDS) de Ange Kevin Nzigou, sans contester le principe du mérite, pose des conditions à l’adoption de cette réforme, à commencer par l’instauration de critères d’évaluation « objectifs, transparents, mesurables et applicables à tous de manière équitable ». À défaut, prévient-il, la réforme risque d’ouvrir la voie au clientélisme et aux décisions discrétionnaires. Soit l’exact inverse de l’objectif recherché. Le parti appelle par ailleurs le ministère de la Fonction publique à mener une large concertation avant toute adoption.
Comme lui, plusieurs voix rappellent que l’État doit d’abord apurer le lourd passif des régularisations administratives des fonctionnaires, restées en suspens pendant dix ans sous le précédent régime. De nombreux agents attendent encore ces avancements, ainsi que les effets de solde qui devraient en découler.
Plus globalement, c’est un cadre de travail adéquat qu’il s’agit de garantir avant tout. Car comment mesurer la performance des agents lorsque des services entiers manquent d’outils élémentaires comme un bureau, un ordinateur, ou une connexion internet ? Comment noter la performance, aussi, quand nominations et recrutements portent encore, trop souvent, le sceau de l’affinité ?
Un dernier point qui alimente déjà l’ironie sur les réseaux sociaux. Certains internautes allant jusqu’à imaginer une grille d’évaluation dans laquelle la proximité avec le chef pèserait davantage que la compétence réelle.
Derrière l’humour, une inquiétude de fond traverse les analystes : que ce texte, présenté comme un outil de modernisation, ne serve en réalité qu’à contenir la masse salariale de l’État, dont l’enveloppe croît chaque année du fait des avancements automatiques.
En définitive, entre la saine ambition d’une administration publique guidée par la méritocratie, et la crainte d’une coupe budgétaire déguisée, le gouvernement gabonais devra convaincre par les faits, et pas qu’avec des textes.













