Gabon : l’or peut-il devenir le prochain minerai à franchir le cap de la transformation locale ?

Le Gabon veut appliquer à l’or une stratégie déjà au cœur de sa politique minière : conserver davantage de valeur sur son territoire avant l’exportation. Depuis septembre 2026, aucun lingot destiné à l’étranger ne doit désormais quitter le pays sans passer par la Raffinerie gabonaise de l’or (RGO). Mise en service en 2023 dans la zone industrielle de Nkok, cette unité peut traiter entre 7 et 10 tonnes par an, ce qui donne au pays un outil industriel capable d’accompagner une montée en puissance de la filière.

Le décalage entre l’outil disponible et les volumes actuellement déclarés reste toutefois considérable. La loi de finances rectificative de 2026 a relevé la prévision de production nationale de 400 à 800 kg. Même avec cette révision, le volume attendu ne représenterait que 8 % de la capacité maximale de 10 tonnes de la RGO. Le premier enjeu n’est donc pas de construire une nouvelle capacité de transformation, mais d’alimenter celle qui existe déjà avec davantage de production formelle.

Cette stratégie rappelle, à une autre échelle, le virage pris par le Gabon dans le manganèse et le bois. Dans le bois, l’interdiction d’exporter les grumes depuis 2010 a favorisé l’installation d’unités de première, deuxième et troisième transformation. Dans le manganèse, le pays cherche également à dépasser son statut de simple exportateur de minerai brut en développant des activités de transformation locale. L’or offre toutefois une particularité : contrairement à de lourds projets métallurgiques nécessitant de nouvelles infrastructures, la capacité de raffinage est déjà installée.

Le passage obligatoire par la RGO doit surtout permettre de structurer l’amont de la filière. Le dispositif annoncé repose sur l’identification des producteurs et des permis, la traçabilité des lingots et un encadrement accru des circuits de commercialisation. L’objectif est double : fournir davantage de matière à la raffinerie et faire rentrer dans les circuits formels une production artisanale ou semi-industrielle encore difficile à mesurer. Les autorités avaient déjà lancé un recensement des acteurs fin 2025 avant de suspendre temporairement l’exploitation artisanale à petite échelle en juin 2026.

L’enjeu dépasse donc le raffinage lui-même. Si le Gabon parvient à augmenter sa production déclarée tout en centralisant progressivement son traitement à Nkok, l’or pourrait devenir une nouvelle illustration de sa stratégie de transformation locale des matières premières. Avec seulement 800 kg officiellement attendus en 2026 face à une raffinerie capable d’en absorber jusqu’à 10 000, le potentiel industriel existe déjà. Reste désormais à construire autour de cet outil une filière suffisamment formalisée et productive pour l’exploiter.

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