Gabon : après des années de présence commerciale, Libreville veut davantage d’investissements physiques de Canal+ et Airtel

Après avoir développé pendant des années leurs activités commerciales au Gabon, Canal+ et Airtel sont désormais attendus sur un autre terrain : celui de leur implantation physique. Les autorités gabonaises veulent voir les deux groupes matérialiser davantage leur présence par la construction de leurs propres sièges à Libreville. Derrière cette demande une logique économique : amener les grandes multinationales qui tirent des revenus du marché gabonais à immobiliser également davantage de capitaux dans le pays.

Pour Airtel, le dossier n’est pas nouveau. En mars 2024, lorsque Sunil Bharti Mittal, fondateur du groupe, avait rencontré Brice Clotaire Oligui Nguema à Libreville, la construction d’un siège social figurait déjà parmi les sujets abordés. Airtel totalisait alors quatorze années d’activité au Gabon. Les autorités relevaient notamment que l’opérateur continuait d’occuper des bâtiments loués ou anciens et souhaitaient qu’une infrastructure plus adaptée soit construite. Plus de deux ans après cette rencontre, la relance du dossier traduit donc surtout la volonté de faire passer un projet annoncé au stade de l’investissement concret.

L’enjeu dépasse cependant la seule construction d’un immeuble. Airtel avait également présenté en 2024 des projets de développement du réseau national par satellite, d’installation d’un câble sous-marin et d’amélioration de l’accès à Internet, tandis que le groupe s’était engagé auprès du gouvernement à poursuivre le déploiement de la fibre, notamment vers les entreprises, les ménages et les zones rurales.  Un siège peut ainsi constituer la partie la plus visible d’une présence locale plus profonde, associant infrastructures numériques, emplois, prestations de services, sous-traitance et dépenses d’équipement.

La même logique appliquée à Canal+ pose la question de l’ancrage économique des grands groupes de services. Contrairement aux industriels, aux groupes miniers ou aux opérateurs pétroliers, les entreprises de télécommunications et de médias peuvent développer d’importantes activités commerciales sans nécessairement engager des investissements immobiliers comparables à leur poids sur le marché. Pour le Gabon, pousser Canal+ et Airtel à construire leurs sièges revient donc à chercher une empreinte locale plus durable : bâtiments, commandes aux entreprises du BTP, équipements, emplois liés à l’exploitation des sites et actifs restant implantés au Gabon.

Cette orientation pourrait progressivement modifier la relation entre le Gabon et certains de ses grands investisseurs étrangers. Il ne s’agirait plus seulement d’attirer des entreprises ou de leur permettre d’accéder au marché national, mais de les inciter à y réinvestir une partie de leur développement. Dans le cas d’Airtel, la construction du siège évoquée depuis 2024 constitue un premier test concret de cette stratégie. Pour Canal+ comme pour l’opérateur télécoms, Libreville veut désormais que plusieurs années de présence commerciale se traduisent aussi par des investissements physiques plus visibles dans l’économie gabonaise.

le coup de coeur

Derniers Articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img