Une nouvelle flambée des cours du brut changerait sensiblement l’équation budgétaire de Brazzaville. Dans ses Perspectives de l’économie congolaise, la Direction générale de l’Économie (DGE) simule les conséquences d’un baril à 109,94 dollars dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient. À ce niveau, les recettes pétrolières du Congo pourraient atteindre 1 694,9 milliards fcfa, soit une progression de 77,8 % par rapport au scénario de base et l’équivalent de 13,5 % du PIB. Un tel niveau replacerait les hydrocarbures au centre de l’amélioration attendue des comptes de l’État, dans une économie où le pétrole conserve un poids déterminant dans les exportations et les ressources publiques.
Pour un pays dont les finances publiques restent fortement dépendantes des hydrocarbures, le supplément serait considérable. La hausse des cours améliorerait à la fois les recettes d’exportation et les ressources budgétaires disponibles, donnant à l’État davantage de latitude pour financer ses dépenses. La DGE estime que cette nouvelle marge pourrait notamment permettre d’accroître les dépenses en capital de 9 %, pour les porter à 609 milliards fcfa, soit 4,9 % du PIB. Une partie de la rente pétrolière supplémentaire serait ainsi réinjectée dans l’investissement public plutôt que consommée exclusivement par les dépenses courantes.
L’effet dépasserait les seuls comptes publics. Dans ce scénario de crise internationale, les exportations progresseraient de 18 % et l’investissement public de 52,8 %, deux moteurs susceptibles de soutenir les activités liées à la commande publique et au commerce extérieur. La croissance économique atteindrait alors 5,2 %, contre 5 % dans le scénario de référence retenu pour cet exercice, soit un gain relativement limité de 0,2 point malgré l’ampleur du choc pétrolier. Ce décalage montre qu’une forte augmentation des revenus tirés du brut ne se transmettrait que partiellement à l’ensemble de l’activité économique.
Ce scénario favorable aux finances de l’État aurait cependant son revers pour les ménages. Le conflit provoquerait simultanément un renchérissement de l’énergie et des produits importés, avec des répercussions sur les prix intérieurs. La contribution de la consommation privée passerait ainsi de 11,9 % du PIB dans le scénario de référence à 10,8 % dans le scénario de crise, sous l’effet de l’érosion du pouvoir d’achat. Pour Brazzaville, un pétrole cher serait donc à la fois une rente budgétaire et un choc inflationniste, les gains enregistrés par l’État ne se traduisant pas automatiquement par une amélioration du revenu réel des ménages.
La DGE invite ainsi le gouvernement à traiter ces éventuelles recettes supplémentaires comme un gain conjoncturel plutôt que comme une ressource permanente. Si les cours demeuraient élevés, les autorités pourraient réviser ses prévisions budgétaires et affecter une partie des ressources additionnelles au financement des priorités nationales, à la réduction de la dette et aux projets prioritaires. Une orientation qui permettrait aussi d’éviter qu’un épisode favorable sur les marchés pétroliers entraîne une hausse durable des engagements budgétaires.













