Gabon : au rythme des sept premiers mois, les exonérations auraient représenté près de 486 milliards de fcfa sur l’année 2026

Sans le coup de frein annoncé par le gouvernement, jusqu’où aurait pu monter le coût des exonérations fiscales et douanières en 2026 ? À fin juillet, l’État chiffre déjà leur manque à gagner à 283,277 milliards de fcfa, dont 209,239 milliards pour les Douanes et 74,038 milliards pour les services fiscaux. Rapporté aux sept premiers mois de l’année, ce montant correspond à une moyenne de 40,47 milliards de fcfa par mois.

Une simple annualisation permet de mesurer l’ordre de grandeur. Si cette moyenne mensuelle s’était maintenue sans changement entre août et décembre, le manque à gagner aurait atteint environ 485,6 milliards de fcfa à fin décembre 2026, soit près de 486 milliards de fcfa. Ce montant ne constitue ni une prévision du gouvernement ni une estimation officielle pour l’ensemble de l’exercice : il s’agit d’une projection arithmétique construite à partir du rythme moyen observé entre janvier et juillet. Les exonérations peuvent en effet varier fortement d’un mois à l’autre selon les importations, les investissements et les opérations bénéficiant des différents régimes.

C’est dans ce contexte que Libreville a décidé de suspendre une partie du dispositif. Le gouvernement indique avoir pris cette décision après avoir constaté « les effets des exonérations sur les finances publiques ». Depuis le 8 septembre, « il est interdit […] d’accorder toute nouvelle exonération fiscale ou douanière, sous quelque forme que ce soit », tandis que les avantages antérieurement accordés par décisions administratives sont « suspendus jusqu’à nouvel ordre ». Les opérateurs concernés doivent donc s’acquitter des impôts, droits et taxes applicables durant cette période.

Le potentiel manque à gagner annualisé montre surtout pourquoi les autorités veulent désormais mesurer le rendement économique de ces avantages. Sur la seule période janvier-juillet, l’État a comptabilisé l’équivalent de 40,5 milliards de fcfa par mois de recettes auxquelles il a renoncé, dont près de 29,9 milliards mensuels aux Douanes. Le gouvernement annonce en conséquence un audit destiné à évaluer « les contreparties et l’impact budgétaire et économique des dépenses fiscales sur la période 2023-2026 ». L’enjeu sera de déterminer si les avantages accordés ont généré suffisamment d’investissements, d’activité et d’autres retombées pour justifier leur coût budgétaire.

La suspension décidée en septembre devrait toutefois casser la trajectoire qui aurait conduit, toutes choses égales par ailleurs, vers les 486 milliards de fcfa en fin d’année. Son effet réel sur les recettes dépendra du périmètre des exonérations effectivement suspendues, puisque celles « expressément prévues par la loi » doivent faire l’objet d’une révision dans la prochaine loi de finances et d’un vote du Parlement. Les résultats de l’audit seront donc déterminants. Après avoir établi ce que les exonérations coûtent au budget, l’État devra désormais démontrer lesquelles rapportent suffisamment à l’économie pour mériter d’être conservées.

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