La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) élargit son tour de table, mais l’opération confirme surtout le poids croissant du Cameroun dans l’industrie financière régionale. Lors de son assemblée générale extraordinaire du 7 mai 2026, la place financière a validé l’entrée de huit nouvelles sociétés de Bourse à son capital. Sept sont établies au Cameroun, BEM Securities, Contacturer Capital, SG Capital Securities Central Africa, CCA Bourse, Almasi Capital & Advisory, Digicapital Bourse et FedhEn Capital, contre une seule au Congo, Premium Capital Securities. Chacune souscrit 40 millions de fcfa, soit 320 millions pour les huit entrants.
Cette nouvelle vague d’actionnaires prolonge une tendance déjà largement installée. Selon les données de la COSUMAF reprises en 2026, 19 des 25 sociétés de Bourse recensées à mi-2025 étaient camerounaises. Autrement dit, alors que la BVMAC constitue théoriquement le marché commun des six pays de la CEMAC, son industrie d’intermédiation est devenue très largement camerounaise. L’entrée de sept nouveaux acteurs de Douala et Yaoundé au capital ne crée pas cette domination, mais lui donne désormais davantage de poids dans la propriété même de l’entreprise de marché.
Le mouvement est d’autant plus remarquable que l’histoire de la BVMAC est celle d’un compromis régional. La place actuelle est issue de la fusion du marché régional installé à Libreville et de l’ancienne Douala Stock Exchange, achevée en 2019 dans le cadre de l’unification du marché financier de la CEMAC. Libreville a conservé la COSUMAF, le régulateur, tandis que Douala accueille la BVMAC. Sept ans plus tard, la géographie de l’intermédiation semble avoir tranché : le Cameroun concentre non seulement le siège de la Bourse, mais aussi l’essentiel des professionnels chargés d’amener les investisseurs et les émetteurs sur le marché.
Cette concentration ne signifie toutefois pas que le Cameroun fournit à lui seul les titres qui font vivre la cote. Le Gabon, notamment, occupe une place importante dans le compartiment obligataire à travers ses différents emprunts souverains et dispose désormais de SCG-Ré et BGFI Holding sur le marché actions. Deux entreprises gabonaises, Gabon Power Company et la FMCT, figurent également parmi les quatre sociétés retenues dans un programme financé à hauteur de 142,9 millions de fcfa pour accompagner de nouvelles introductions en Bourse. La CEMAC voit ainsi se dessiner une spécialisation singulière : une intermédiation fortement concentrée au Cameroun, face à des besoins de financement et des émetteurs répartis dans toute la sous-région.
L’enjeu dépasse donc les 320 millions de fcfa apportés par les huit nouveaux actionnaires. Avec cette opération, les sociétés de Bourse renforcent leur présence dans la gouvernance d’une institution dont elles constituent les principaux relais commerciaux. Mais pour la BVMAC, la prochaine étape sera moins d’accueillir de nouveaux intermédiaires que de leur donner davantage de titres à vendre et à échanger. La région dispose déjà d’une vingtaine de courtiers pour seulement sept sociétés cotées et un marché secondaire encore étroit. Après avoir construit une industrie de l’intermédiation dominée par Douala, la BVMAC doit désormais réussir à construire le marché qui va avec.













