Le 10 août 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé le déblocage de 20 milliards fcfa au profit de la filière forêt-bois, deuxième pourvoyeuse d’emplois du pays après la Fonction publique. Présentée comme un geste de soutien à un secteur en difficulté de trésorerie, l’annonce mérite d’être reposée dans son contexte réel, celui d’une administration qui doit à ces mêmes entreprises près de 20 milliards fcfa de TVA, aujourd’hui gelés sous forme de moratoire.
Les chiffres de la Direction générale de l’Economie et de la Politique Fiscale, publiés en juin dernier, dessinent pourtant une filière loin d’être à l’arrêt. Au premier trimestre 2026, l’exploitation forestière a progressé de 24,0% grâce à l’amélioration des conditions d’évacuation, tandis que la valeur des exportations de bois a bondi de 27,6% sur le trimestre et de 14,4% sur un an. Le padouk scié affiche une envolée de 91,6% en glissement annuel et le contreplaqué de 42,8%. La demande extérieure, en clair, n’est pas le problème de la filière.
Ce qui pèse sur la trésorerie des opérateurs, c’est l’État lui-même, débiteur, et lent à honorer ses engagements fiscaux envers un secteur qu’il érige pourtant en pilier de la diversification économique. Dans ces conditions, les 20 milliards annoncés ressemblent moins à une politique de relance qu’à un rattrapage de créances, un remboursement présenté comme une largesse présidentielle plutôt que comme l’exécution d’une obligation.
Un détail technique renforce l’interrogation. La note de conjoncture de la DGEPF précise que les données concernant la filière bois ont été volontairement retirées de son analyse sectorielle « compte tenu de la faiblesse du taux de retour des questionnaires qui pourrait fragiliser les analyses ». Un secteur jugé assez stratégique pour justifier un déblocage présidentiel se révèle, dans le même temps, insuffisamment documenté par l’appareil statistique de l’État pour être suivi avec rigueur.
Reste la question du calendrier et des décaissements. Ces 20 milliards constituent un ballon d’oxygène réel pour des entreprises exsangues, mais leur portée dépendra de la rapidité avec laquelle les fonds seront effectivement versés, et surtout de la capacité des autorités à rompre avec la logique des règlements ponctuels pour s’engager vers un apurement structurel de ce qu’elles doivent à un secteur dont elles vantent, par ailleurs, le potentiel.













