Lancée en grande pompe le 10 avril dernier, la Centrale d’achat gabonaise (CEAG) devait incarner l’un des leviers majeurs de la lutte contre la vie chère. Trois mois plus tard, le constat est sans détour : l’initiative n’a pas encore produit les effets espérés, et le panier de la ménagère peine toujours à respirer. Le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguéma, l’a lui-même reconnu lors de son discours au Parlement.
Réduite dans les faits à l’organisation de « méga marchés », la CEAG a fini par être perçue comme un simple détaillant alimentaire. Une image bien éloignée de sa vocation originelle, qui était de négocier directement avec des producteurs internationaux pour importer des denrées de base au Gabon et stabiliser les prix.
Les opérations de vente ont certes attiré les foules, mais elles ont aussi généré des pratiques spéculatives que la structure était censée combattre. Des acheteurs-revendeurs se sont engouffrés dans la brèche, profitant des tarifs cassés pour revendre plus cher sur les marchés traditionnels.
Conscient de ces limites, l’Éxécutif a réuni mercredi dernier une commission autour du vice-président Hermann Immongault, avec la Douane, les services techniques du ministère de l’Économie et la direction de la Centrale d’achat. Objectif : remettre la CEAG sur ses rails. Le message : les marchés populaires doivent continuer, mais ils ne peuvent plus constituer l’essentiel de l’action.
« La Centrale d’achat aura pour rôle de passer les commandes, d’importer les produits et de les mettre sur le marché », a expliqué son directeur général, Théophile Boutamba, au sortir de l’audience. Ce repositionnement, loin d’être une révolution comme le présentent certains, sonne plutôt comme un retour aux fondamentaux de la CEAG, tel que défini lors de sa création en août 2025.
La structure était alors présentée comme « une société d’économie mixte détenue à 37 % par l’État et à 63 % par des opérateurs privés, et dotée d’un capital initial de 1 milliard de fcfa pour une mission précise : négocier directement avec des producteurs internationaux ; importer des denrées de base ; assurer leur disponibilité ; stabiliser les prix pour les ménages ; stocker les produits dans des magasins généraux avant distribution aux grossistes à un prix unique ».
Le recentrage annoncé pourrait marquer la fin du « grand malentendu » autour de cette structure. Reste à savoir si la Centrale d’achat parviendra, cette fois, à répondre aux attentes d’une population qui, chaque jour, mesure le coût de la vie chère. Ce d’autant plus que comme le rappellent les économistes, il est fondamentalement difficile pour un pays comme le Gabon de baisser les prix sur les étals en cas de forte dépendance aux importations.













