Gabon : pourquoi l’État finance-t-il ses centrales par la dette privée plutôt que par le budget ?

Le programme d’investissement de Gabon Power Company (GPC), estimé à plus de 900 milliards de fcfa, doit être financé via une introduction en Bourse sur la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC), plutôt que par une inscription directe au budget de l’État. GPC a été créée en 2015 par le Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS).

Pour mener à bien cette opération, GPC a répondu à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par l’Unité de Gestion des Réformes des Institutions Financières de la CEMAC (UGRIF), un dispositif cofinancé par la BEAC, la BVMAC, la COSUMAF et la Banque africaine de développement. Ce mécanisme vise explicitement à réduire le coût d’une introduction en Bourse pour les entreprises régionales, afin de les inciter à recourir au marché des capitaux plutôt qu’à la dette souveraine classique.

Ce choix de financement intervient alors que la note souveraine du Gabon a été dégradée par Moody’s et Fitch, et où la dette publique a franchi la barre des 8 780 milliards de fcfa. Le recours au marché des capitaux régional pour financer des infrastructures publiques stratégiques peut ainsi s’analyser comme une alternative à l’endettement souverain direct, dans un moment où la marge de manœuvre budgétaire de l’État est resserrée.

Le portefeuille de projets porté par GPC comprend six installations de production d’électricité et une usine d’eau potable. Le volet hydroélectrique regroupe Kinguélé Aval, Booué, Ngoulmendjim et Dibwangui, tandis que le volet thermique comprend les centrales à gaz IPP Mayumba et IPP Owendo. L’ensemble doit ajouter plus de 700 mégawatts au réseau électrique national et générer plus de 4 000 emplois directs, selon les chiffres communiqués.

Au-delà de GPC elle-même, cette opération constitue un test pour la capacité de la BVMAC à attirer des émetteurs de référence susceptibles de donner de la profondeur au marché financier sous-régional. Le succès ou l’échec de cette levée de fonds pourrait ainsi orienter la manière dont d’autres entreprises publiques gabonaises envisageront, à l’avenir, le financement de leurs propres programmes d’investissement.

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