Depuis le début de la Transition, les chiffres du budget gabonais ont changé d’échelle, mais certaines routes de Libreville semblent être restées hors du radar. En 2024, la loi de finances initiale avait arrêté le budget de l’État à 4 162 milliards de fcfa. En 2025, il est passé à 4 204,9 milliards. Pour 2026, la loi de finances finalement promulguée équilibre les opérations budgétaires, de trésorerie et de financement à 6 358,2 milliards de fcfa. Sur ces trois exercices, ce sont donc environ 14 725 milliards de fcfa de budgets cumulés qui ont été votés. Ces montants représentent des enveloppes globales de ressources et de charges de l’État, et non des dépenses effectivement exécutées ou des crédits exclusivement consacrés aux infrastructures.
Au PK11, pourtant, quelques kilomètres suffisent pour mesurer la distance qui peut encore séparer ces grandes masses budgétaires des réalités quotidiennes. L’axe reliant PK11 au PK12 en passant par le BRC demeure essentiellement une piste. La chaussée non revêtue présente des zones dégradées et des eaux stagnantes, tandis que des amas de déchets occupent une partie importante de ses abords. Sur les images prises sur place, la barrière du BRC rappelle surtout que cette scène ne se situe pas sur une piste reculée de l’intérieur du pays, mais au sein de l’agglomération de Libreville.
Le contraste mérite d’autant plus d’être interrogé que la route figurait explicitement parmi les priorités affichées du budget 2025. Lors de sa présentation, le gouvernement annonçait notamment la « poursuite des chantiers » dans les secteurs de la route, de l’éducation, de la santé, de l’eau et de l’énergie. Cela ne signifie pas que des crédits avaient été affectés au PK11-BRC-PK12. C’est précisément l’information qui manque : pourquoi cet axe, au milieu d’une zone habitée et à proximité d’une emprise militaire, n’a-t-il pas encore bénéficié d’un aménagement à la hauteur de son potentiel ?
Car derrière la piste se trouve aussi une question de mobilité. Sa position entre PK11 et PK12 laisse entrevoir la possibilité d’une liaison alternative pour une partie des déplacements locaux et, potentiellement, d’un itinéraire de délestage complémentaire de la RN1. Faute d’étude de trafic disponible, impossible d’en chiffrer l’effet sur les embouteillages. Mais l’enjeu justifierait au minimum que les pouvoirs publics évaluent ce que cet axe pourrait apporter au réseau routier de cette partie de Libreville.
Les 14 725 milliards de fcfa cumulés depuis 2024 ne constituent donc pas une facture à opposer directement à cette route : ils englobent la dette, le fonctionnement de l’État, les investissements et de nombreuses autres charges. Ils donnent en revanche une mesure de l’ampleur des moyens programmés pendant ces trois exercices. Sur cet axe, la question adressée aux décideurs est plus simple : après trois budgets et alors que les infrastructures ont occupé une place centrale dans le discours public, combien de temps faudra-t-il encore pour que cet axe urbain cesse d’être une piste ?
Pour l’instant, la réponse offerte par le terrain tient en quelques images : une piste, de grandes flaques d’eau et une succession de dépôts sauvages. Le paradoxe est saisissant. À l’heure où Libreville cherche des solutions à ses problèmes de mobilité, propose Tramway et télécabine, l’un de ses raccourcis potentiels entre PK11 et PK12 attend toujours d’être transformé en route. Entre-temps, une partie de l’espace laissé sans aménagement est devenue une décharge à ciel ouvert.













