Gabon : la CDC veut capter davantage l’épargne des citoyens, mais le cas de la Poste Bank invite à la prudence

Alors que la Caisse des Dépôts et Consignations du Gabon (CDC) affiche l’ambition de faire de chaque citoyen « un acteur du financement du développement national », le précédent de Poste Bank SA reste dans toutes les mémoires. La faillite de cette filiale de La Poste en 2017 avait gelé les économies d’environ 60 000 petits épargnants ainsi que les créances de nombreuses entreprises, pour un passif cumulé évalué à plus de 72 milliards de fcfa. Pendant près d’une décennie, le dossier est devenu le symbole d’une promesse publique non tenue, alimentant durablement la méfiance envers les institutions financières publiques.

Il aura fallu neuf ans, plusieurs mobilisations du Collectif des épargnants de la Poste Bank et l’intervention personnelle du Président Oligui Nguema pour que les premiers remboursements soient effectivement lancés, en juin 2026. L’État a mobilisé une enveloppe globale de 105 milliards de fcfa pour solder ce contentieux, dont 31,2 milliards destinés aux particuliers et 41,1 milliards aux entreprises. Le lancement officiel des paiements, présidé par le Chef de l’État lui-même à l’esplanade de la Poste, a été présenté comme un acte de réparation d’une fracture de confiance entre les Gabonais et leur système financier public.

Entre 2022 et 2025, plusieurs sit-in et points de presse organisés par le Collectif des épargnants avaient pourtant révélé l’ampleur de la détresse sociale provoquée par ce dossier. Des témoignages recueillis lors de ces mobilisations évoquaient des malades sans accès aux soins, des projets familiaux suspendus et, pour certains épargnants, un décès survenu avant tout remboursement. Cette lenteur administrative, dénoncée pendant des années comme une « dette morale de l’État », a fini par installer dans l’opinion l’idée qu’un dépôt confié à une institution publique n’était jamais totalement sécurisé.

C’est ce terreau que la CDC doit désormais convaincre. Le recensement des épargnants lésés, lancé en juin 2026 seulement, soit neuf ans après la liquidation, illustre la difficulté qu’a eue l’appareil d’État à simplement établir avec certitude qui devait être remboursé et de combien. Une telle défaillance administrative, aussi tardivement corrigée soit-elle, pose la question de la capacité des institutions publiques gabonaises à gérer dans la durée des engagements financiers vis-à-vis de dizaines de milliers de citoyens.

C’est dans ce contexte que la CDC promeut désormais OKIRA 241 et une mobilisation élargie de l’épargne domestique. L’enjeu dépasse la seule technique financière : il s’agit de convaincre des ménages qui, pour beaucoup, conservent encore leur argent hors des circuits bancaires par prudence acquise. La crédibilité du nouveau discours institutionnel se mesurera moins aux annonces du FONED qu’à la capacité de la CDC à démontrer, concrètement, qu’un nouveau dispositif public d’épargne ne connaîtra pas le même sort que celui de Poste Bank.

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