Gabon : premier emprunteur de la CEMAC, Libreville transforme peu à peu ses banques créancières en risque budgétaire

Les banques de la CEMAC sont devenues l’un des principaux soutiens financiers des États de la région. Mais cette relation fonctionne dans les deux sens. En devenant le premier émetteur du marché régional, avec 30,5 % de l’encours des valeurs du Trésor début 2026, le Gabon accroît non seulement sa dépendance aux établissements financiers qui achètent ses titres : il augmente aussi la dépendance de ces établissements à sa propre capacité de remboursement. C’est cette imbrication entre finances publiques et bilans bancaires qui inquiète désormais le FMI.

L’évolution est sans précédent. Selon le Fonds, l’exposition des banques de la CEMAC aux États représentait environ 10 % de leurs actifs en 2015, contre près d’un tiers aujourd’hui. Certaines banques présentent des niveaux supérieurs à 50 %. Cette concentration a longtemps été facilitée par l’abondance de liquidités bancaires, le développement du marché des titres publics et l’attractivité réglementaire des créances souveraines. Mais elle signifie aussi qu’une détérioration importante de la situation financière d’un État peut désormais se transmettre beaucoup plus rapidement à ses créanciers bancaires.

Le Gabon occupe une place particulière dans cette mécanique. Son poids sur le marché régional a fortement progressé, tandis que les rendements exigés par les investisseurs augmentent. En juillet 2026, ses obligations du Trésor affichaient un coût moyen de 10,13 %, contre 7,35 % douze mois auparavant. Dans le même temps, seulement 61,27 % des montants recherchés sur les OTA trouvaient preneur. Le signal n’est pas celui d’un défaut imminent, mais celui d’un marché qui demande une rémunération beaucoup plus importante pour continuer à absorber la dette gabonaise.

Cette situation crée ce que les économistes qualifient de « sovereign-bank nexus » : l’État dépend des banques pour financer son déficit et refinancer ses échéances, tandis que les banques deviennent progressivement dépendantes de la solvabilité de l’État dont elles détiennent les titres. Le risque peut même traverser les frontières puisque les établissements de la CEMAC peuvent acheter les titres émis par plusieurs Trésors de la région. Une difficulté gabonaise suffisamment importante ne resterait donc pas nécessairement cantonnée aux banques installées à Libreville.

Le paradoxe apparaît donc clairement. Les banques constituent aujourd’hui une partie de la solution au problème de financement du Gabon, mais une exposition excessive à sa dette pourrait demain devenir un problème supplémentaire pour ses finances publiques. Dans le scénario le plus défavorable, un choc souverain affaiblirait les banques, réduirait leur capacité à acheter de nouveaux titres et obligerait l’État à trouver d’autres financements au moment même où il en aurait le plus besoin. C’est cette boucle, davantage qu’un défaut imminent, que le FMI cherche à empêcher en alertant sur la concentration croissante des risques souverains dans les bilans bancaires de la CEMAC.

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