Signalement des malades mentaux errants : pourquoi Melen ne pourra pas tenir ses promesses

Quatre jours à peine après avoir reconnu accueillir « plus de patients que prévu », le Centre national de santé mentale de Melen a lancé un numéro pour signaler les malades errant près des écoles de Libreville. Une initiative bienvenue, mais qui bute d’emblée sur l’insuffisance chronique de moyens d’une structure vieille de trois décennies.

Le 3 septembre, le Centre national de santé mentale (CNSM) de Melen a mis à la disposition des populations un numéro, le 1324, destiné à signaler les personnes présentant des troubles psychiatriques qui errent aux abords des écoles de Libreville.

L’initiative fait suite à un incident survenu le 31 août près de l’échangeur du lycée d’État. Une personne présentée comme étant en situation de trouble psychiatrique aurait lancé des pierres sur des passants et des véhicules, provoquant un important embouteillage, avant d’être maîtrisée par la garde rapprochée du vice-président du gouvernement et par des passants.

Si l’initiative mérite d’être saluée, elle a peu de chances d’aboutir, et ce pour plusieurs raisons. La première est structurelle. Trente et un ans après sa création, l’unique centre de santé mentale du Gabon reste bloqué à une centaine de lits d’hospitalisation, 87 exactement, dont une bonne partie sont déjà occupés. Une capacité d’accueil très en deçà des besoins réels de prise en charge des malades mentaux, notamment ceux en situation d’urgence.

Ces derniers ne se trouvent d’ailleurs pas seulement aux abords des écoles, mais aussi dans les marchés, sur les plages, dans les rues, et dans tous les endroits où leur abandon est tout aussi préoccupant. Pis, la structure, en réfection depuis plusieurs années, est loin de fonctionner à plein régime sur le plan des infrastructures, même si les soins ambulatoires permettent d’alléger un peu la pression.

Preuve que le Centre voit plus grand qu’il ne peut gérer, le 27 août, soit quatre jours seulement avant son appel au signalement, l’établissement publiait un communiqué tirant la sonnette d’alarme sur ses capacités de prise en charge, affirmant accueillir « plus de patients que prévu ». Il y appelait les familles à s’impliquer davantage dans l’accompagnement et la réinsertion des patients, pour améliorer son fonctionnement et les chances de guérison des malades.

Un mal qui dépasse Libreville

Autre problème, plus profond : la santé mentale ne se pose pas seulement à Libreville. Au moment où la Ve République affiche l’ambition d’un développement tous azimuts du pays et de chaque province, l’absence de tout service de santé mentale dans les centres hospitaliers régionaux interpelle et s’apparente à une inégalité dans l’accès aux soins. Des villes comme Lambaréné, au centre du pays, sont pourtant connues pour des taux de prévalence de troubles mentaux élevés. Lors de sa dernière visite au centre de Melen, le ministre de la Santé, le Pr Elsa Ayo Bivigou, a assuré porter ce dossier à cœur. Les populations, elles, attendent des actes.

Car si rien ne bouge dans le sens d’une véritable amélioration de ce pan de la santé publique, l’appel du centre de Melen risque de résonner comme une énième rengaine, reprise à chaque changement de ministre, sans que les problèmes de fond qui plombent la santé mentale (manque de spécialistes, insuffisance des capacités d’accueil, faible sensibilisation, désengagement des familles) ne trouvent de solutions durables. Hier Guy Patrick Obiang, puis le Dr Adrien Mougougou, aujourd’hui l’administration du Dr Ayo : les populations, et les malades en premier lieu, attendent des réponses concrètes, pour une égalité de soins que la santé mentale n’a, jusqu’ici, jamais obtenue face aux maladies physiques.

La problématique est d’autant plus profonde que les dernières statistiques connues du CNSM font état de 4 145 malades reçus sur la seule année 2021, soit 715 cas de plus que l’année précédente. Et comme nul n’est à l’abri d’une maladie mentale, chacun est concerné.

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