L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté vendredi une résolution appelant à l’abandon progressif de la projection de Mercator au profit de la carte Equal Earth, qui restitue la taille réelle des masses continentales. Le texte, porté par le Togo au nom de l’Union africaine, a recueilli 164 voix pour, une seule voix contre (les États-Unis) et six abstentions. Il consacre une revendication ancienne des pays africains, qui dénoncent depuis des décennies une représentation cartographique héritée du XVIe siècle et jugée porteuse de biais coloniaux.
La projection de Mercator, conçue à l’origine pour la navigation maritime, déforme les surfaces à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur, gonflant artificiellement la taille des territoires proches des pôles. Conséquence directe : sur les cartes scolaires et numériques les plus répandues, le Groenland apparaît quasiment aussi vaste que l’Afrique, alors que le continent africain, avec ses 30,3 millions de km², le dépasse en réalité d’un facteur 14. Cette distorsion visuelle a nourri, selon les défenseurs de la résolution, une minoration durable du poids réel de l’Afrique dans l’imaginaire collectif et les représentations géopolitiques.

Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a porté le dossier devant l’ONU en présentant la réforme comme un enjeu d’équité plutôt que de rupture avec l’Occident. Le Togo a d’ores et déjà annoncé son intention de réviser ses manuels scolaires de géographie d’ici la fin de l’année 2026, se positionnant comme le premier pays à opérer ce basculement dans son système éducatif. D’autres États membres de l’Union africaine devraient être sollicités dans les six prochains mois pour élargir l’adoption de la nouvelle carte.
La portée du texte reste toutefois symbolique : la résolution n’est pas contraignante et ne remet pas en cause l’usage de Mercator pour la navigation aérienne et maritime, où cette projection conserve son utilité technique. Son application dépendra largement de la bonne volonté des ministères de l’Éducation, des éditeurs scolaires et des grandes entreprises technologiques opérant des services de cartographie et de géolocalisation, que le Togo entend désormais approcher directement.
Cependant, au-delà du symbole, ce vote illustre la capacité croissante des États africains à peser collectivement dans les enceintes multilatérales sur des sujets touchant à la représentation du continent. Pour les acteurs économiques et les investisseurs, la question dépasse la seule cartographie : elle interroge la manière dont une image durablement minorée a pu contribuer à une perception de marginalité, alors même que l’Afrique concentre une part croissante des réserves de matières premières stratégiques et des perspectives de croissance démographique mondiale.













