Gabon : 1 milliard de fcfa de gré à gré plus tard, l’hôpital psychiatrique de Melen attend toujours ses nouveaux lits

Le contraste est devenu difficile à ignorer. Alors que le Centre national de santé mentale (CNSM) de Melen reconnaît accueillir « plus de patients que prévu » et ne dispose que de 87 lits d’hospitalisation, le projet censé renforcer ses capacités reste sans traduction visible. En 2025, un marché de près de 1 milliard de fcfa a pourtant été attribué par entente directe à l’entreprise BCC pour la construction d’un nouvel hôpital psychiatrique. Plus d’un an après, cette infrastructure n’a toujours pas apporté les capacités supplémentaires dont Melen dit aujourd’hui avoir besoin.

L’urgence est d’autant plus manifeste que le CNSM vient d’élargir son exposition. Depuis le 3 septembre, le numéro 1324 permet aux populations de signaler les personnes présentant des troubles psychiatriques errant notamment aux abords des établissements scolaires de Libreville. Mais quatre jours auparavant, le 27 août, le même établissement alertait déjà sur une fréquentation supérieure à ses capacités et appelait les familles à davantage participer à l’accompagnement et à la réinsertion des patients. Autrement dit, Melen est appelé à prendre en charge davantage de situations alors que ses marges d’accueil sont déjà réduites.

C’est dans ce contexte que le marché attribué à BCC prend une dimension particulière. D’un montant d’environ 992 millions de fcfa selon les informations publiées par la Direction générale des marchés publics, il devait permettre la construction d’un nouvel établissement sur le site de Melen. Il venait lui-même après un premier marché de 108,9 millions de fcfa accordé en 2021 à Somisep pour la réhabilitation de trois pavillons. Au total, 1,101 milliard de fcfa a ainsi été engagé à quatre années d’intervalle autour du même établissement, sans que ces investissements aient, à ce jour, produit de nouvelles capacités d’accueil visibles.

Le décalage est d’autant plus préoccupant que les besoins ne sont pas nouveaux. Les dernières statistiques citées par le CNSM faisaient état de 4 145 patients reçus en 2021, soit 715 de plus qu’un an auparavant. Cinq ans plus tard, l’établissement reste l’unique centre spécialisé du pays et la prise en charge psychiatrique demeure très peu développée dans les structures sanitaires de l’intérieur. Dans ces conditions, chaque lit supplémentaire compte : les retards enregistrés à Melen ne relèvent plus seulement de l’exécution d’un marché public, mais touchent directement à la capacité du système sanitaire à absorber une demande croissante.

Le lancement du 1324 remet donc indirectement sur la table une question restée sans réponse : où en est l’hôpital psychiatrique financé en 2025 ? Au-delà de l’entreprise BCC, l’interrogation concerne également l’État, maître d’ouvrage et responsable du suivi de l’utilisation des fonds publics. À mesure que Melen alerte sur sa saturation et que les pouvoirs publics lui demandent d’intervenir davantage dans les rues de Libreville, le milliard de fcfa engagé pour augmenter ses capacités devient un indicateur concret sur lequel l’administration devra rendre compte : calendrier des travaux, niveau de décaissement, état d’exécution du marché et, surtout, date à laquelle les patients pourront effectivement bénéficier des infrastructures promises.

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