Une partie considérable de la dette régionale du Gabon se trouve de l’autre côté de sa frontière. À fin juillet 2026, les investisseurs établis au Cameroun détenaient 1 171,8 milliards de fcfa de titres émis par le Trésor gabonais, selon la BEAC. Cela représente 34,2 % des 3 424,1 milliards de fcfa d’encours de Libreville. Dit autrement, environ un franc sur trois emprunté par le Gabon sur ce marché est aujourd’hui détenu par des investisseurs installés au Cameroun.
Le chiffre est d’autant plus remarquable que les investisseurs établis au Gabon détiennent eux-mêmes 1 495,2 milliards de fcfa, soit 43,7 % de l’encours national. L’écart avec le Cameroun n’est donc que de 323,4 milliards. Derrière viennent les investisseurs établis au Tchad avec 288,4 milliards, au Congo avec 277,2 milliards, en Guinée équatoriale avec 122,6 milliards et en Centrafrique avec 43,5 milliards. La BEAC porte pour sa part 25,5 milliards de titres gabonais.
Cette présence camerounaise n’est pas une singularité gabonaise. Les investisseurs établis au Cameroun détiennent au total 5 261,9 milliards de fcfa de titres publics de la CEMAC, soit 49,8 % de l’ensemble du marché régional. Leur poids dépasse largement celui du Cameroun comme émetteur, puisque Yaoundé ne représente que 2 061,3 milliards de fcfa d’encours. Le pays est ainsi devenu l’un des principaux réservoirs de capitaux du marché des Trésors d’Afrique centrale.
Pour le Gabon, cette profondeur financière est devenue précieuse. L’encours de ses valeurs du Trésor a augmenté de 30,5 % en un an, passant de 2 624,5 milliards en juillet 2025 à 3 424,1 milliards en juillet 2026. Une expansion d’une telle ampleur suppose de trouver des acheteurs bien au-delà du seul système financier national. Le marché camerounais remplit précisément cette fonction : il permet à Libreville d’accéder à une masse de capitaux plus importante que celle disponible auprès des seuls investisseurs établis au Gabon.
Cette intégration crée cependant une relation nouvelle. Plus d’un tiers des titres gabonais sont désormais détenus par des investisseurs installés dans un seul autre pays de la CEMAC. Cela ne signifie pas que le Cameroun, en tant qu’État, prête 1 172 milliards au Gabon : la BEAC mesure ici le pays d’établissement des investisseurs, et non leur nationalité. Mais le chiffre illustre à quel point les finances des deux économies sont devenues imbriquées. Pour Libreville, Yaoundé et Douala ne sont plus seulement des marchés voisins : ils sont devenus un maillon majeur du financement du Trésor gabonais.













