1 700 milliards de fcfa. Pris isolément, le chiffre ressemble à une manne potentielle pour les caisses publiques. Lu autrement, il raconte une histoire moins confortable : celle d’un volume considérable de débets et d’amendes qu’il a fallu prononcer contre des justiciables. Derrière la question de savoir combien l’État récupérera se dessine donc une autre interrogation : comment un stock d’une telle ampleur s’est-il constitué ?
La Cour des Comptes ne donne pas encore toutes les clés pour répondre. Elle n’a notamment pas précisé, dans les éléments rendus publics, la période sur laquelle les 1 700 milliards de fcfa se sont accumulés. Cette information est essentielle. Un montant constitué sur plusieurs décennies n’aurait évidemment pas la même signification qu’un stock apparu sur quelques exercices. Il reste que son ampleur place sous les projecteurs la chaîne de contrôle de l’argent public, depuis son décaissement jusqu’à l’éventuelle mise en débet des responsables concernés.
La juridiction financière montre pourtant les signes d’une activité soutenue. 368 ordonnances portant ordre de mission ont été signées et le taux d’exécution annoncé atteint 89,40 %. Deux audits ont notamment visé la CNAMGS, l’un sur les évacuations sanitaires et l’autre sur le Fonds des Gabonais économiquement faibles. La Cour a également constitué un recueil de ses décisions et avis afin de rendre plus visibles les arrêts, les justiciables concernés et les montants en cause. Le contrôle se renforce donc en aval.
Mais le chiffre de 1 700 milliards déplace la question vers l’amont. Plus les contrôles détectent des sommes importantes à restituer, plus se pose la question de la capacité des administrations et organismes publics à empêcher les irrégularités avant que l’argent ne sorte. Audit, sanction et recouvrement constituent le filet de sécurité final ; contrôle interne, traçabilité de la dépense et responsabilité des gestionnaires doivent théoriquement intervenir bien plus tôt. Le montant annoncé par la Cour offre ainsi un indicateur indirect des risques auxquels les finances publiques ont été exposées, sans permettre, à lui seul, d’en mesurer la fréquence ou l’évolution.
Le prochain indicateur décisif ne sera donc pas seulement le nombre de nouvelles missions de la Cour des Comptes. Il faudra regarder combien de nouveaux débets sont prononcés, combien d’anciens sont effectivement recouvrés et surtout si leur stock commence à diminuer. Si les contrôles se multiplient mais que les sommes à récupérer continuent de s’accumuler, le Gabon aura renforcé sa capacité à constater les problèmes sans nécessairement les empêcher. Si le stock recule, en revanche, la Cour pourra montrer que la surveillance accrue de l’argent public commence à produire des effets au-delà des salles d’audience.













