Gabon : 22,7 milliards de fcfa pour la Cour des Comptes, un investissement à mettre en perspective avec ses propres moyens financiers

La Cour des Comptes du Gabon a chiffré à 22,728 milliards de fcfa le coût de son plan stratégique 2026-2030, adopté le 6 juin dernier en Conseil de Direction et présenté le 15 juillet dernier. Un montant réparti en cinq projets structurants, allant du renforcement du cadre légal des Juridictions de l’Ordre Financier (35 millions de fcfa) au développement et à l’équipement des JOF, qui absorbe à lui seul 21,516 milliards de fcfa, soit près de 95% de l’enveloppe totale. Ce déséquilibre budgétaire traduit à lui seul la nature du besoin identifié : moins un problème de méthode que de moyens matériels et financiers.

Le document met lui-même ce montant en tension avec un constat sans détour sur l’état actuel des ressources de l’institution. Le plan reconnaît une « indépendance financière et organisationnelle à consolider », pointant « l’existence de moyens financiers fortement dépendants des régulations budgétaires » de l’État. Cette dépendance n’est pas nouvelle : l’auto-évaluation menée en 2026 selon le référentiel CMP-ISC de l’INTOSAI aboutit, sur ce point précis, « quasiment aux mêmes enjeux » que les évaluations de 2011 et 2017, signe que la question de l’autonomie budgétaire de la Cour reste posée depuis plus d’une décennie sans avoir trouvé de réponse durable.

Cette fragilité budgétaire est formellement documentée dans le tableau de gestion des risques annexé au plan. Les « contraintes budgétaires » et la « non-adhésion du Gouvernement » y figurent parmi les facteurs de risque externes susceptibles de compromettre la mise en œuvre du programme, aux côtés de « l’insuffisance de ressources financières » et de « l’indisponibilité des agents » classées comme risques internes à l’institution. Le document rappelle à cet égard que le précédent cycle stratégique, 2020-2024, a connu une « très faible mise en œuvre liée essentiellement à l’absence de financement », tandis que le cycle 2013-2018 avait pu réaliser près de 70% de ses actions grâce à un appui extérieur de la Banque mondiale.

Face à ce constat, l’institution mise sur trois leviers explicitement énumérés pour sécuriser le financement de son plan : l’engagement total de sa propre hiérarchie et l’adhésion de l’ensemble du personnel, le soutien budgétaire du gouvernement et du Parlement, jugé « décisif » pour l’allocation des ressources budgétaires nécessaires à la réalisation des projets, et l’appui des Partenaires Techniques et Financiers, dont les contributions et le plaidoyer auprès des autorités compétentes et des organismes internationaux sont qualifiés « d’apport très précieux ». Un Comité de pilotage a par ailleurs été doté d’un budget de fonctionnement propre de 52 millions de fcfa, incluant la prise en charge de l’équipe, l’achat de matériel et l’organisation des réunions, pour piloter l’ensemble du dispositif jusqu’en 2030.

L’équation budgétaire reste donc largement dépendante de décisions extérieures à l’institution elle-même. Le plan prévoit d’ailleurs des mesures d’atténuation directement corrélées à cette dépendance : « disposer de partenaires capables de soutenir l’action de la Cour » face au risque d’insuffisance de ressources financières, et « bien concevoir l’implication des parties prenantes » pour sécuriser les financements des PTF. Autant d’éléments qui montrent que la Cour des comptes a intégré, dès la conception de son plan, l’incertitude budgétaire comme la variable la plus déterminante de sa réussite ou de son échec.

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