Derrière le débat sur l’hôpital des AVC se cache un problème beaucoup plus profond : l’absence de carte sanitaire cohérente dans le Grand Libreville. Treize arrondissements, plusieurs centaines de milliers d’habitants, mais aucun hôpital municipal de proximité pleinement opérationnel. Les principaux établissements, CHU de Libreville, CHU d’Owendo, hôpital militaire d’Angondjé, sont tous de statut national, saturés et éloignés d’une grande partie des quartiers populaires.
Cette configuration produit un effet mécanique. Les urgences se concentrent dans quelques structures déjà sous pression, allongeant les délais d’attente et aggravant les pertes de chance. Les communes d’Owendo et d’Akanda, pourtant en forte croissance démographique, ne disposent pas d’infrastructures hospitalières communales capables d’absorber les urgences du quotidien. La conséquence est connue : les patients arrivent tard, parfois trop tard, après avoir traversé embouteillages et circuits de référence inadaptés.
Sur le plan économique, cette organisation est également inefficiente. Les investissements lourds se concentrent sur des équipements nationaux coûteux, tandis que les infrastructures de premier niveau, urgences de proximité, centres hospitaliers communaux, SMUR, restent sous-financées. Or, dans la plupart des systèmes performants, ce sont ces maillons intermédiaires qui absorbent l’essentiel de la demande et réduisent la pression sur les hôpitaux de référence.
La carte sanitaire actuelle reflète ainsi une logique centralisatrice héritée, peu adaptée à l’urbanisation rapide du Grand Libreville. Elle privilégie des établissements emblématiques au détriment d’un maillage territorial équilibré. Cette approche alimente à la fois la saturation des hôpitaux nationaux et la défiance des populations vis-à-vis du système de santé.
La question récemment mise sur la table par le Dr Germain Iloko, n’est pas de savoir s’il faut un hôpital spécialisé de plus, mais pourquoi le Grand Libreville ne dispose toujours pas d’un réseau d’hôpitaux de proximité, d’urgences fonctionnelles et de circuits de soins hiérarchisés. Tant que cette carte sanitaire ne sera pas repensée, chaque nouvelle annonce hospitalière risque de masquer la fragilité structurelle du système de santé gabonais.











