La récente distribution de médicaments au dispensaire du lycée Lubin Martial de Ntoum par la Setrag relance le débat sur la fonction réelle de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) au Gabon. Pour la filiale ferroviaire du groupe Eramet, ces actions caritatives semblent devenir un « passeport de légitimité » sociale. En multipliant les dons ponctuels, l’entreprise tente de saturer l’espace médiatique de nouvelles positives, espérant ainsi faire oublier les dysfonctionnements chroniques qui paralysent le Transgabonais.
Le contraste est saisissant entre le coût dérisoire de ces dons et les pertes économiques colossales induites par l’instabilité du réseau ferré. Alors que les usagers subissent des retards récurrents et que les opérateurs économiques s’inquiètent de la sécurité des convois, la RSE de « proximité » agit comme un anesthésiant. On soigne les symptômes sociaux (santé, éducation) sans jamais traiter le mal profond : un investissement de maintenance qui peine à garantir une fluidité logistique digne de l’ambition minière du pays.
Cette stratégie de « l’achat de la paix sociale » pose une question d’éthique industrielle. Pour de nombreux observateurs, la RSE ne devrait être que le complément d’une excellence opérationnelle, et non son substitut. En se positionnant comme un acteur humanitaire local, la Setrag dévie l’attention des autorités et du public de ses obligations contractuelles de performance. « Mieux vaut un train qui arrive à l’heure qu’une boîte de paracétamol offerte », ironisent certains usagers exaspérés par la dégradation du service.
À terme, cette approche risque de se retourner contre l’entreprise. L’accumulation de « gestes sociaux » ne pourra indéfiniment compenser l’érosion de l’outil de production. Si le groupe Eramet veut réellement « blinder son bilan », il devra passer d’une RSE de cosmétique à une RSE de performance, où la première responsabilité envers le Gabon est d’assurer un transport ferroviaire fiable. Sans cela, ces médicaments ne seront que le pansement dérisoire sur une jambe de bois logistique.














