Sur le plan financier, la Commission CEMAC indique que le système bancaire gabonais respecte globalement les ratios prudentiels, avec un ratio de liquidité supérieur à 100 %. À l’échelle régionale, ce ratio atteint 106 % en 2024, traduisant une liquidité globale estimée à plus de 5 000 milliards de fcfa dans le système bancaire CEMAC. Mais cette solidité masque des fragilités structurelles.
Le principal point d’alerte concerne les créances en souffrance, qui atteignent 18,3 % des crédits bruts au Gabon. En valeur absolue, cela représente près de 600 milliards de fcfa de prêts non performants, sur un encours de crédit estimé à environ 3 300 milliards de fcfa. La Commission souligne que « la persistance d’un niveau élevé de créances douteuses constitue un facteur de vulnérabilité ».
À cela s’ajoute une surexposition au risque souverain. Les titres publics représentent 31 % des actifs bancaires, soit environ 2 000 milliards de fcfa, et 48,8 % des emplois de trésorerie, certaines banques dépassant 50 % d’exposition, soit plus de 300 milliards de fcfa pour un seul établissement. La Commission est explicite : « cette surexposition mérite d’être rapidement corrigée ».
Cette configuration a un effet d’éviction bien visible. Le Baromètre CEMAC indique que le crédit au secteur privé représente à peine 16 % du PIB, soit environ 1 500 milliards de fcfa au Gabon, un niveau insuffisant pour soutenir la diversification économique. Chaque milliard de fcfa absorbé par les titres publics est un milliard de moins pour l’investissement productif.
Ainsi, malgré une liquidité apparente, le système bancaire gabonais reste fragilisé par la qualité des actifs et la dépendance à la dette publique, un risque systémique que la Commission avait clairement identifié avant la suspension de ses activités. Et le fait que BGFIBank concentrait à elle seule 72% des crédits bancaires au premier trimestre 2025 selon la BEAC, reléguant ses concurrentes au rang de faire valoir, confirme cette fragilité.











