Les coupures d’électricité récurrentes au Gabon ont généré un marché parallèle en plein essor. Les ventilateurs rechargeables et lampes solaires sont devenus des produits incontournables, permettant aux Gabonais de s’assurer une autonomie temporaire face à une électricité intermittente. En 2026, un ventilateur rechargeable coûte entre 35 000 et 50 000 fcfa, tandis qu’une lampe solaire est proposée entre 10 000 et 25 000 fcfa. Ces équipements sont désormais des solutions essentielles pour les ménages, mais représentent un fardeau économique supplémentaire dans un contexte où l’accès à l’électricité reste précaire.
Combien cela coûte aux Gabonais ?
Prenons une estimation conservatrice pour comprendre l’ampleur de ce marché. En 2026, 40 000 ménages à Libreville et dans d’autres grandes villes ont déjà investi dans ces solutions de secours. Si chaque ménage dépense en moyenne 40 000 fcfa pour un ventilateur rechargeable et 20 000 fcfa pour une lampe solaire, le calcul est vite fait. 40 000 ménages multiplié par 40 000 fcfa (ventilateurs) nous donnent 1,6 milliard fcfa. 40 000 ménages multiplié cette fois par 20 000 fcfa (lampes solaires), on obtient 800 millions fcfa. Ainsi, rien que pour ces 40 000 ménages, on obtient un marché de 2,4 milliards fcfa par an uniquement pour ces deux types d’équipements. Vous imaginez? Cela donne une idée de la dépendance croissante aux solutions privées, alimentée par les coupures récurrentes et l’incapacité de l’État à fournir un service d’électricité fiable.

Et le coût d’utilisation de ces équipements ne se limite pas à l’achat initial. Les batteries rechargeables doivent être remplacées tous les 1 à 2 ans, et le carburant pour les groupes électrogènes devient une charge mensuelle pour de nombreux ménages. Estimons que chaque ménage dépense 5 000 fcfa par mois en carburant pour ses générateurs, en un an on obtient 60 000 fcfa par ménage. Et si en parallèle, 30 000 foyers à Libreville utilisent des groupes électrogènes à ce tarif, on obtient la coquette somme de 1,8 milliard de fcfa par an pour le carburant.
Plus de 10 milliards fcfa par an
Cette situation augmente considérablement le coût de l’électricité domestique, qui n’est pourtant pas officiellement facturée. Ce coût additionnel met en lumière l’impact économique que les coupures ont sur les Gabonais, et explique pourquoi ces solutions privées sont devenues des investissements quasi obligatoires pour certains foyers. Si l’on élargit la réflexion et prend en compte la totalité des équipements énergétiques privés (groupes électrogènes, ventilateurs, lampes solaires, batteries, etc.), le marché total des solutions énergétiques privées dépasse les 10 milliards fcfa par an rien que dans la capitale.

Cette estimation inclut non seulement les équipements mais aussi les coûts de maintenance et de recharge des batteries. Ce marché, qui a vu le jour en réaction aux délestages, a explosé au fil des années et représente aujourd’hui une industrie parallèle florissante. Cette réalité met en lumière l’incapacité de l’État à répondre aux besoins énergétiques de ses citoyens, mais aussi la croissance rapide de secteurs informels liés à l’électricité. Les revendeurs d’équipements, les réparateurs de générateurs, et les fournisseurs de carburant sont les principaux bénéficiaires de cette économie de crise. Ils profitent de la défaillance des services publics pour offrir des solutions alternatives rentables.
Fragmentation de l’accès à l’énergie
Cette économie parallèle répond à un besoin immédiat, mais elle comporte aussi des inconvénients économiques. Tout d’abord, elle fragmentarise l’accès à l’énergie : seuls ceux qui ont les moyens peuvent s’offrir des générateurs et autres équipements. Cela aggrave la fracture sociale entre les citoyens qui peuvent se permettre d’acheter ces équipements et ceux qui, au contraire, sont condamnés à vivre avec les coupures répétées. De plus, la consommation de carburant pour faire fonctionner les générateurs représente une pression économique continue sur les ménages. Ces coûts récurrents ne sont pas intégrés dans la facture d’électricité, mais sont tout de même imposés aux citoyens.













